Votre commentaire me semble pertinent et je conçois que ma « réponse » n’en est pas une. Parlons alors de contribution au débat. D’ailleurs votre propos s’adresse plus aux chercheurs et à leurs liens avec la société. Et je veux poursuivre cette réflexion.
Pour moi, la recherche publique française est un atout essentiel pour celles et ceux qui envisagent l'avenir de notre pays et, n'ayons pas peur des mots, de la planète, autrement qu'à travers la grille de lecture du dogme de la rentabilité financière dominant et dévastateur. Il faut la transformer car la société a changé. Son implication dans le devenir social et les attentes à son égard est plus forte. Ses acteurs assistent souvent avec un sentiment d'impuissance à ces carences et aux conséquences sociales qui en découlent. Aujourd’hui, de nombreux obstacles handicapent sa nécessaire évolution pour aller vers une plus grande efficacité sociale. Faute de repères sur sa raison d’être, elle est aujourd’hui malmenée dans son existence même. La crise d'identité de la recherche publique, et donc l’exigence de sa transformation, prend sa source dans des réalités qui ont certaines particularités. Pour l’essentiel, la première est liée à l'évolution accélérée du mouvement des connaissances humaines dans lesquels les enjeux de recherche scientifique ou technologique tiennent une place déterminante. La seconde tient à la domination des politiques ultralibérales qui, tant au plan des politiques nationales que dans les rapports internationaux, ont investi en profondeur sa cohérence de fonctionnement. Dans ces conditions, le regard que porte la société sur la science et la technologie est à juste titre contrasté. Les dogmes libéraux érigés en mode de pensée unique de réduction des investissements publics entravent sa rénovation et participe à un affaiblissement de son rôle et de son efficacité. Les retards pris dans son adaptation aux besoins de la société d’aujourd’hui concourent à la fragiliser plus encore. Les enjeux de la recherche se sont considérablement élargis. Je n’ai pas une vision angélique de la recherche, mais nous savons qu’elle est nécessaire à la société pour répondre et anticiper ses besoins actuels et à venir. Les choix dans ce domaine ne sont pas neutres. On voit chaque jour que les enjeux qui la concerne touchent à des questions de société et de civilisations très concrètes ou les pressions économiques et financières sont puissantes. Il n’en a pas toujours été ainsi. Il y a peu de temps encore, les enjeux de recherche cantonnés à un milieu restreint, étaient peu traversés par les enjeux économiques. Aujourd’hui, la maîtrise des connaissances devient aussi un moyen de domination. Nous sommes loin de l’image du savant isolé dans son laboratoire dont l’activité n’intervenait que de façon très limitée et décalée dans le temps à l’extérieur de son laboratoire. Nous nous éloignons de l’époque ou la formation de jeunes chercheurs répondait au seul besoin de pérennisation des institutions publiques. Si le mouvement des connaissances à ses propres lois de développement, il est aussi le résultat de l’activité humaine et des choix politiques à tous les niveaux. Aujourd'hui, ce qui rend la recherche efficace c'est le niveau d'intelligence entre ses acteurs mais surtout entre les acteurs et la société. Il faut donc libérer l’initiative des hommes des contraintes que les choix libéraux imposent au plein développement de leur activité. Ce débat concerne chacun d’entre nous. Il est par essence citoyen. La démocratie représentative ou participative ne peut que se renforcer de l’investissement « politique » pour une autre conception de l’avenir. Amicalement !



