Loi de programme pour la recherche
Le Projet de loi de programme pour la recherche, vient d’être adopté par l’assemblée nationale en séance publique ce mardi 7 mars 2006. Il s’inscrit dans un contexte particulier et inédit car il prétend donner un terme à une véritable bataille avec pour protagonistes les acteurs de la recherche et votre gouvernement.
Certes, la programmation budgétaire insuffisante sera accordée en euros constants. C’était bien la moindre des choses ! Certes, l’allocation de recherche sera légèrement supérieure à un smic et demi. Elle demeurera toujours très en deçà des attentes exprimées. Heureusement, l’accord de Londres sur les brevets n’a pas été ratifié à la sauvette. Un prochain débat devrait néanmoins revenir sur ce sujet. Voter ce projet de loi aurait signifié, pour moi, accepter la précarité aggravée pour les jeunes chercheurs, cautionner la concurrence généralisée entre les organismes de recherche, les Universités, leurs équipes et leurs personnels; soutenir le pilotage étatiste de la recherche par les « projets » financés par l’Agence nationale de la recherche et se faire le complice d’instances nommées pour la définition des objectifs de la recherche, pour l'évaluation des projets des équipes de personnes et pour les financements. Cela reviendrai également à fermer les yeux devant la concentration élitiste sur quelques pôles dits d’excellence, sur quelques créneaux à rentabilité immédiate. Le haut conseil créé par ce projet sera complètement inféodé au Président de la République et au Gouvernement. Celui-ci, et c'est une première, donnera ensuite les grandes orientations à l'agence nationale de la recherche, laquelle n'a ni conseil scientifique, ni membres élus. L'État choisira les grands thèmes de recherche et déclinera les priorités. Le gouvernement conteste l'idée selon laquelle la détermination des priorités serait du ressort de la communauté scientifique. Tout cela est d’une gravité sans précédent. Si notre pays est aujourd’hui une grande puissance économique et scientifique, c’est par ce qu’il a su se doter de structures de recherche de très haut niveau à la fois indépendantes, réactives et responsables. La nouvelle architecture antidémocratique et opportuniste mise en place oublie combien dans ses aboutissements, la recherche scientifique est aléatoire. Pourtant la plupart des grandes découvertes de programme pour la recherche, celles qui ont eu un impact hautement significatif pour les sociétés en termes de développement, comme la pénicilline ou la radioactivité, sont nées d’une observation fortuite, imprévisible. Comment alors mépriser à ce point l’impulsion donnée par les chercheurs eux-mêmes dans l’élaboration des choix de recherche ? Une société qui n’a plus confiance en sa communauté scientifique est une société qui se fige, se replie sur elle-même et régresse. Nos difficultés structurelles sont pourtant bien connues : la France se distingue par sa manie d'accumuler les normes, les réorganisations, plutôt que de travailler avec les outils existants, dont elle dispose pourtant. Puis, on constate également une difficulté chronique à organiser de façon pérenne et homogène le financement de la Recherche et de l'innovation. C’est exactement ce que l’on peut dire aujourd’hui de ce projet de loi. Et pourtant, en mars 2000, à l'apogée de la ruée vers les nouvelles technologies, prenant conscience du retard européen dans le domaine de l'innovation et de la Recherche, le Conseil européen de Lisbonne avait marqué un tournant en définissant un objectif stratégique à dix ans : "faire de l'Europe l'économie de la connaissance la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable, accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale". La richesse économique est de plus en plus le résultat de la recherche et du développement technologique plutôt que de la simple exploitation de richesses naturelles. Le gouvernement a fait le choix d’une réforme dogmatique et inefficace, méprisant les propositions de la communauté scientifique.

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