Le nouveau projet de réforme du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dit loi CESEDA, confirme le saut inquiétant dans la manière dont Nicolas Sarkozy et la droite entendent organiser les rapports sociaux dans notre pays. Non seulement ce texte codifie la précarisation massive de femmes et d'hommes, mais il les désigne comme jetables, superflus. Des hommes et femmes à qui la qualité de citoyen est déniée au point de ne les considérer qu'en termes de rapport économiques, de catégories exploitables à merci. De façon générale, Nicolas Sarkozy prétend substituer à ce qu'elle appelle une "immigration subie" une immigration dite "choisie". Ces qualificatifs sont honteux, stigmatisant, d'essence xénophobe, colonialiste. Honteux vis à vis de tous ces migrants désignés comme intrus à qui la France doit pourtant beaucoup, quels que soient leurs métiers. Honteux vis à vis de celles et ceux qui entreront dans les quotas définis, les "choisis", leurs propres compétences ne leur seront reconnues que pendant la durée du contrat de travail, dans le temps utile à l'économie. Cette définition d'immigration "choisie" repose sur des mensonges, sur une véritable une hypocrisie d'état.
Ce n'est pas seulement une remise en cause supplémentaire. L'esprit de la loi porte atteinte à toute notion de société solidaire, fraternelle, de coopération et de respect. Les valeurs de la République sont méprisées. Cette loi va fabriquer des sans papiers. Elle vise à produire ce que j’appelle l'immigration jetable. Chacun doit savoir, statistiques officielles à l'appui, que, ces dernières années, l'essentiel des « nouvelles entrées » sont dues au regroupement familial. 79% des entrées en 2004 selon l'INSEE. C'est donc d'abord le droit au regroupement familial qui est mis en cause. Ils veulent restreindre, de manière drastique, le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui construisent leur vie en France. Des enfants, des jeunes, des hommes et femmes qui veulent tout simplement vivre en famille vont devenir persona-non grata en France au nom de l'immigration subie ! Si ce projet est adopté, il ne fera pas bon s'aimer entre Français-e-s et étranger-e-s, vouloir vivre avec sa famille ou avoir des enfants. Durant les quatre premières années de mariage un(e) époux (se) pourra être expulsé. C’est ainsi que les parents migrants seront, à priori, soupçonnés de paternité de complaisance, que les mariages seront soumis à suspicion généralisée...Le soupçon de paternité frauduleuse est étendu et devient un à-priori. Le certificat d'hébergement sera en plus soumis à "appréciation" du maire alors que celui ci n’a aucun moyen d’investigation. Un "engagement républicain" "personnel «sera exigé. Pour avoir la carte de séjour «vie privée et familiale » il faudra non seulement justifier de liens personnels et familiaux mais ceux ci devront être "durables, stables et intenses". Qui jugera de l'intensité et comment ? Voila le genre de promesse d'arbitraire dont fourmille le projet. L'obtention d'un titre de séjours va devenir particulièrement difficile. Ils entérinent la quasi-disparition de la carte de résident. La multiplication sans fin des conditions rendra l'espoir de la régularisation bien vain. Ajoutons les articles qui rendent très difficile la naturalisation. Les mêmes conditions sélectives y sont répercutées. Le Contrat d'Intégration devient, ce qu'on pouvait craindre, un contrat de mise sous surveillance, de suspicion de précarisation. L'"engagement républicain" est la pierre angulaire de ce contrat de ses conditions et de ses objectifs, de l'évaluation. Ce sera un élément important du tri de l'immigration "choisie" de sa mise en conditions, sous surveillance. Il sera possible de s'en servir comme d'une épée de Damoclès, au dessus du migrant rappelé ainsi au devoir de se tenir à carreau. L'article de la loi précédente, article 26, qui permettait de régulariser une personne ayant 15 années de présence en France est abrogé. En conséquence les sans papiers le seront à vie. C'est à dire exploitables à merci, terrorisés par l'état qui leur fera peser une menace permanente d'expulsion. Quant aux travailleurs, aux salariés, les conditions posées pour l'octroi de la carte de résident vont avoir le même effet. Les cartes de travail vont devenir particulièrement précaires, en fait c'est le patronat qui en décidera. Le licenciement vaudra perte de carte de séjour. Que va-t-il advenir ? Autre exemple, on veut supprimer la possibilité d'avoir une carte de travailleur temporaire si la demande ne s'en fait pas depuis le pays d'origine ? Que vont devenir les travailleurs saisonniers qui vivent en France ? Toute la logique du projet est celle d'une immigration jetable, c'est une fabrique à sans papiers. Cette loi ne réduira en rien l’immigration, elle favorise la clandestinité, elle culpabilise les immigrés, elle rend impossible l’intégration dans la société française, elle stigmatise les immigrés, elle oppose les citoyens français entre eux ! Résistons ensemble à une loi qui s'en prend à tous ceux, français et immigrés, naturalisés ou non, qui ont des liens avec des étrangers. Terriblement régressif et nocif pour les personnes, pour l'état de droit, ce projet est contraire aux intérêts du pays, négatif pour le rayonnement de la France. C'est un recul terrible pour notre pays qui s'était fait un honneur de garantir les libertés fondamentales en particulier ce droit de vivre en familles, le droit d'asile, le droit des enfants. Cette loi va totalement à l'encontre des nécessités et besoin de notre époque, pour une mondialisation progressiste, humaine, démocratique. Cette loi doit être rejetée dans l'intérêt de chaque citoyen français, dans l’intérêt de chaque citoyen du monde.



