De passage à Marseille aujourd’hui pour dénoncer l’état de crise du logement dans notre pays ; pour pointer et les causes et les responsabilités ; pour mettre en lumière, plus encore qu’aujourd’hui, la montée d’un mouvement social porteur de luttes, de résistances, d’aspirations, de propositions en matière de politique du logement ; pour dire, avec d’autres, qu’une alternative est possible que nous pensons devoir passer par la création d’un service public national et décentralisé du logement et de l’habitat.
Il y a, dans notre pays, une crise sans précédent dans sa gravité et dans ses circonstances. La fondation Abbé Pierre estime à 8,5 millions les personnes touchées par une situation de mal logement. Jean-Louis Borloo peut prétendre que « la crise du logement est derrière nous ». Tous les élus au logement vous le diront, les permanences qu’ils tiennent sont de plus en plus difficiles et souvent humainement insupportables. Le nombre de demandeurs ne cesse de croître, alors que l’offre stagne ; de plus les écarts se creusent entre le coût de la quittance et les revenus dont disposent nombre de postulants. L’actualité récente, celle de Cachan, celle des incendies à Paris il y a un an, à Roubaix il y a quelques semaines, témoigne aussi d’une dégradation accélérée en quantité et en qualité des conditions d’habitat de nombre de nos concitoyens. Que fait le gouvernement ? Il se félicite des 440 000 mises en chantier prévues pour 2006 mais oublie que seules 55 000 ont une vocation vraiment sociale. En même temps des milliers de logements à loyers modérés sont supprimés, HLM démolies ou vendues, logements déconventionnés, ventes à la découpe.
L’Etat ne répond pas au 1,4 million de familles en attente d’un logement HLM en 2005 ! L’immobilier flambe ? Il attise les flammes avec le « de Robien », dont on sait le pouvoir inflationniste, le coût pour la collectivité équivalent à celui d’un logement HLM, cela, sans aucune contrepartie sociale en termes d’occupation ou d’encadrement des loyers. Il jette des familles dans la tourmente en faisant, année après année, des économies sur les aides à la personne auxquelles elles pourraient prétendre. Il rêve d’une France de propriétaires mais détruit tous les outils d’une accession sociale. Il prétend un effort national pour le logement avec une loi qui accélère son désengagement ! Ainsi, malgré un argent public de plus en plus généreusement injecté pour la rentabilisation immobilière, le marché démontre son incapacité à répondre aux besoins. Le gouvernement s’entête à nous dire le contraire. Il veut nous tromper ! Libéraliser le secteur du logement n’aide pas à sortir de la crise sociale ; il en est la cause. Cette accusation est de plus en plus largement portée. Actions contre les expulsions et pour leur interdiction, contre l’habitat indigne et pour revendiquer de meilleures conditions de logement, contre les ventes à la découpe, contre les maires « hors la loi » qui refusent de construire des logements sociaux, c’est à dire qui pratiquent la ségrégation sociale à l’égard des 2/3 de la population dont les revenus correspondent aux critères du logement social. Oppositions aux opérations de démolition-reconstruction quand elles traduisent une volonté de détruire du logement social ou de faire de « l’épuration sociale ». La colère monte, comme la recherche de solutions. L’opposabilité du droit au logement, la mise en place d’un service public du logement sont au cœur des débats. L’idée de la nécessité de ce service public est de plus en plus partagée. Lorsque nous l’avons inscrite dans une proposition de loi à l’Assemblée Nationale et au Sénat, nous avons été traités d’utopistes. Le service public est le moyen de faire vivre un véritable droit au logement pour tous et partout. Il est l’occasion, dans chacune des étapes de multiplier les initiatives. Limoges, Bordeaux, Toulouse, Nîmes, Marseille aujourd’hui 26 septembre, Lyon, Clermont-ferrand, Troyes, Nancy, Reims, Lille, Le Havre, Rennes, Le Mans, Orléans, Tours et plusieurs villes d’Ile-de-France seront autant d’étapes où les acteurs locaux du droit au logement rencontrent, échangent, confrontent leurs idées et leur vécu, affirment leur volonté que cela change et construire ensemble des pistes alternatives. Parmi les thèmes abordés ce matin : les opérations de démolition-reconstruction pilotées par l’Agence nationale de rénovation urbaine le logement en milieu rural la bataille à mener pour le respect partout de l’obligation minimum des 20 % de logements sociaux, le logement étudiant, la cherté des loyers et de l’immobilier, celle du foncier, le logement d’urgence et de l’hébergement temporaire, le droit à la ville, les ventes à la découpe et les déconventionnements, etc. Nous voulons, avec ce bus, sortir les batailles sur le logement de l’action ponctuelle quand un hôtel brûle, que vient l’hiver et que l’indignation monte, quand reprennent les expulsions locatives en mars, que des locataires sont confrontés à une hausse de leur loyer suite à une réhabilitation ou à une opération de l’Anru, … Nous voulons contribuer à la construction de réseaux permanents afin que la réponse en matière de logement serve le droit au logement. Et nous pensons que l’intervention publique a besoin, pour cette réponse, d’un service public national et décentralisé du logement et de l’habitat. Nous voulons utiliser l’intervention publique comme le moyen de promouvoir le droit au logement pour tous et partout. Personne ne doit être exclu de ce droit dans notre pays du fait de ses origines, de la couleur de sa peau, de ses ressources ou de l’endroit où il habite sur le territoire. Face au libéralisme qui se nourrit d’inégalités pour générer des profits, qui construit une marchandisation du logement à rebours du droit fondamental, nous prônons un retour de l’intervention publique et la mise en place d’un service public national et décentralisé du logement et de l’habitat. Nous revendiquons ainsi un budget logement pour l’Etat à hauteur de 2 % du PIB (contre à peine 1,12 % et 7,37 milliards d’euros en 2006), privilégiant une aide à la pierre pour la production d’un patrimoine social, une remobilisation de la Caisse des dépôts et consignation et élargissement du champ de cotisation au 1 % logement aux produits financiers. Mais nous ne pouvons parler de droit au logement tant que durera la pratique des expulsions. Nous voulons la bannir avec la mise en place d’une sécurité sociale du logement qui intègre tous les acteurs et les moyens intervenants aujourd’hui en matière d’aide à la personne, qui travaille la prévention des expulsions et la sécurisation locative pour les locataires et les bailleurs de bonne volonté. Nous imaginons des mécanismes pour que la charge logement, énergie comprise, ne dépasse jamais 20 % des ressources des familles. Sécurité sociale du logement veut dire aussi les moyens pour résoudre les situations d’urgence qui continueront d’exister. Un droit de réquisition avec inscription dans une réglementation HLM et attribution publique peut pallier le manque actuel de logements sociaux mais aussi pénaliser plus efficacement l’actuelle tendance spéculative.
La construction insuffisante de logements sociaux ces dernières années a créé un manque de 600 000 logements. C’est pourquoi un rythme de constructions de logements réellement sociaux, c’est à dire hors logements intermédiaires, de 120 000 par an est nécessaire. Nous disons aussi la nécessité du respect des 20 % minimum de logements sociaux imposé par la loi SRU et son extension à toutes les communes, y compris rurales. Le droit au logement nécessite la présence partout de logements sociaux pour permettre à chacun le choix de son logement et de son lieu d’habitat. Nous refusons ce parcours résidentiel contraint qui poussent les moins pauvres hors des HLM, les classes moyennes hors du locatif ; comme si l’accession à la propriété et le surendettement étaient obligatoires. Nous voulons aussi reconstruire une véritable accession sociale à la propriété. Ces aspirations ambitieuses rendent nécessaire la mise en place de ce service public national et décentralisé du logement et de l’habitat parce qu’il y a besoin de cohérence entre les différents acteurs. Il y a besoin d’une appropriation sociale de la question du logement qui passe par un fonctionnement démocratique de ce service public avec ses personnels et ses usagers, dans l’expression des besoins comme dans le contrôle de l’exécution de la réponse politique. Ce tour de France « logement : un droit » est un véritable laboratoire de création, de confrontation d’idées, de construction démocratique, avec l’apport de toutes celles et ceux qui le souhaitent, d’une véritable alternative à la politique actuelle, au cœur des enjeux des échéances à venir, à partir des réalités quotidiennes vécues par nos concitoyens. Au fond, de la vraie politique citoyenne. En ce sens la justice sociale en matière de logement, ne peut être dissociée de l’appropriation par les citoyens eux-mêmes des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir.



