Mon blog a pour vocation de débattre avec tous ceux qui souhaitent contribuer à faire progresser la réflexion pour une transformation sociale. Ci-dessous un texte de Marcel TASSY. Frédéric DUTOIT.
« LA CANDIDATURE DE LA LA QUESTION DECISIVE
Entretien avec MARCEL TASSY* :
Propos recueillis par Cécile Torgue,
militante antilibérale non-encartée.
La Conférence Nationale
La Conférence Nationale Marie-Georges Buffet
Et pour quelles raisons ? Avant d’aller plus loin, pour expliquer mon désaccord, je crois nécessaire de revenir sur le fond. Que veulent tous ceux qui se sont rassemblés après la victoire du NON au référendum ? Changer le fond et la forme des politiques responsables des désastres que l’on connaît dans tous les domaines de la vie de notre pays. Cette aspiration se heurte aux pratiques et aux projets de la droite. Mais pas seulement. L’expérience a été faite de politiques qui s’annonçaient de gauche et s’avéraient ne rien changer fondamentalement. Il a donc été mis au point une plateforme commune à des forces de gauche sur la base d’un projet-programme antilibéral. Avec toutes ses difficultés – n’oublions pas qu’il s’agit d’une union entre représentants de partis, de mouvements, d’associations, d’individus aux racines, aux expériences, aux sensibilités et aux histoires diverses – ce mouvement peut être porteur de la perspective nouvelle tant attendue. Pour toute la gauche, il est une chance de renouveau et, plus largement, un pôle d’attraction pour tous ceux qui, dans notre pays, aspirent à la rupture, la vraie celle-là, avec des politiques qui les ont profondément déçus. Donc, l’attente est bien là. Il est possible de recueillir un maximum de suffrages si « on joue la gagne » comme le dit Marie-Georges Buffet… Oui, elle a raison, si on perçoit bien ce qui bouge dans les forces vives du pays. Beaucoup de gens peuvent se reconnaître dans une candidature antilibérale à la présidentielle, capable de faire jeu égal avec les favoris des sondages. Et cela peut trouver son prolongement pour une majorité de gauche, progressiste et populaire à l’Assemblée Nationale. On le ressent dans les couches les plus défavorisées du pays. Par exemple - tous les observateurs politiques le constatent - est en train de naître un véritable intérêt pour la politique, chez les jeunes des banlieues et des cités, comme chez les lycéens et les étudiants. Autre phénomène nouveau, des français issus des couches moyennes, qui jusqu’à ces dernières années se sentaient protégés de la crise économique et des injustices sociales, manifestent leurs inquiétudes. Ainsi, la morosité, la déception, la colère de très nombreux citoyens, et leur aspiration à une politique et à des pratiques politiques nouvelles, peuvent trouver du sens dans un rassemblement antilibéral. Précisément, concernant le rassemblement antilibéral, comment en percevez-vous la genèse, la forme ou encore son positionnement au sein de la configuration bi-partite actuelle ? On ne soulignera jamais assez le mérite de ceux qui sont à l’origine de la naissance du rassemblement antilibéral et de la création de comités ou collectifs de base. Ils ont senti que l’on pouvait donner un prolongement à l’opposition unitaire et victorieuse au TCE. Ils ont compris que ce mouvement pouvait se transformer en perspective politique. Il n’est donc pas exagéré de dire que c’est d’ores et déjà un fait historique dans notre pays, surtout si l’on prend en compte la diversité des sensibilités qui se manifeste. On en rêvait : voilà qu’a pris naissance une autre manière de faire de la politique. Rien d’étonnant, dans ces conditions, qui il y ait quelques tâtonnements. Pas surprenant non plus que nous assistions à quelques bousculements de pratiques politiques traditionnelles. Mais la tâche n’est pas simple, parce que l’enjeu est énorme. Ce sont les puissances d’argent qui sont en cause, dans notre pays, dans une Europe et dans un monde où le capitalisme n’a plus de retenue. Il convient donc de se donner tous les moyens de gagner la confiance et la participation des forces vives du pays, et cela, pendant la campagne électorale et après. Il n’est pas de bon ton de faire des parallèles historiques, mais j’en ose un : la victoire du Front Populaire en 36 est d’abord passée par l’union des forces politiques et syndicales, par la victoire électorale, la mise en place du gouvernement et ensuite par une mobilisation populaire sans précédent débouchant sur les conquêtes sociales dont nos générations bénéficient encore aujourd’hui. Le mouvement de 2006 doit être considéré comme une dynamique dans laquelle s’inscrira, pas à pas, l’intervention populaire qui peut s’avérer être plus large que ce que l’on croit pour peu que l’on saisisse mieux ce qui se passe en profondeur, dans la société française. On voit bien d’ailleurs qu’à droite, comme à la direction du parti socialiste, on s’efforce de prendre le maximum de distances avec les expériences politiques à la fois les plus anciennes et paradoxalement les plus récentes. La « rupture » est à la mode. Alors comment nous distinguer ? Comment envisager notre mouvement et sa promesse de réussite ? Il faut mettre tous les atouts de notre côté, rester unis, ouvrir et renforcer encore le mouvement à la fois, sans opportunisme et sans sectarisme, convaincre les plus sensibles à la radicalité et aussi les autres, ceux qui seraient tentés par le vote dit utile ou le vote protestataire ou encore, par l’abstention. Il ne faut commettre aucune erreur. Nous devrons créer les conditions d’une forte mobilisation de l’électorat traditionnel de la gauche, mais aussi de ceux qui s’en sont séparé par tentation populiste et ceux qui, dans les couches populaires et moyennes, sont déçus, écoeurés et révoltés par les expériences successives de la droite à laquelle ils ont fait confiance. C’est une lapalissade, mais la victoire du rassemblement antilibéral ne pourra être acquise que par la présence de sa ou son candidat au deuxième tour. Cela exige beaucoup, beaucoup d’électeurs. Le candidat jouera un rôle important dans notre développement et notre réussite. Quel candidat pour quel mouvement ? Quelle est votre position sur ce point ? Le rassemblement antilibéral a mis maintenant au point sa plateforme d’union et achève l’élaboration de son programme. On peut toujours discuter tel ou tel aspect de ces documents qui sont perfectibles mais l’essentiel est de s’inscrire dans une dynamique, de bouger et de ne pas prétendre offrir un prêt-à-porter à notre peuple. On peut faire confiance à ce dernier pour enrichir les contenus étape après étape. Nous avons défini les fins, mettons maintenant les moyens. Ce n’est pas le plus simple et c’est normal. Il faut se mobiliser, parler, convaincre. Nous avons les textes, mais la présidentielle étant ce qu’elle est, nous n’avons pas le choix, il nous faut rapidement la candidature représentative et porteuse de notre ambition. Et là, il ne faut pas se louper. On peut le déplorer mais, même accompagné des portes paroles des composantes du rassemblement, notre candidat/e n’échappera pas à toutes les interrogations des gens et des médias sur sa personnalité, son passé et ses capacités à diriger le pays. Marie-Georges Buffet a-t-elle le profil pour refléter tout ce que vous venez de dire ? N’y voyez rien de personnel à son égard, mais je ne le pense pas. Parce qu’il sera impossible de convaincre la majorité de ceux que nous voulons rassembler, pour être présent au deuxième tour, qu’en votant Marie-Georges Buffet, ils ne voteront pas pour la dirigeante du PCF. J’ai lu, l’autre jour, ce que disait une militante antilibérale non-encartée de Marseille. Je la cite : « Mon argumentation va être assez simple : si Marie-Georges Buffet est désignée, nous allons passer notre temps à essayer de convaincre nos concitoyens non du bien fondé de nos idées, mais du bien fondé du choix de la candidate ! Je nous entends déjà : « non non je vous assure ce n’est pas la candidate du PC ! » Et José Bové ? Cela va être exactement la même chose ! Nous allons passer notre temps à parler de lui et de ce qu’il est ou de ce qu’il n’est pas et non pas du programme, des idées ! » Il faut entendre cela. Je ne comprends pas la position de mon parti. A mes yeux, la décision de la Conférence Nationale est contre-productive pour le rassemblement antilibéral et pour le PCF lui-même. Je ne veux pas croire que des considérations partisanes l’emportent sur l’enjeu politique qui est devant nous. Je ne veux pas croire que l’on privilégie l’outil au détriment de la finalité. Un responsable historique du PCF, Maurice Thorez, expliquait que le parti n’était pas une fin en soi, qu’il n’était pas une chapelle, mais un outil. Que lui-même ne fût pas toujours un adepte de ses propres préceptes, ne change rien à la validité de ses propos. Il nous est dit que le mouvement antilibéral ne pourra se passer des 130 000 adhérents du PCF. Comme si le fait d’avoir un candidat non-communiste spolierait les communistes, amoindrirait leur mobilisation. Ma longue expérience de militant m’a montré que lorsque les communistes sont conscients de l’enjeu du combat qu’ils mènent, ils sont capables d’y mettre le prix. Par ailleurs, les communistes savent que l’ambition du rassemblement antilibéral, électoralement parlant, commence avec la présidentielle et se poursuit avec les législatives. Si l’on se place dans l’hypothèse d’une victoire à la présidentielle, il y a de fortes chances pour qu’il y ait plus de députés communistes à l’Assemblée Nationale qu’aujourd’hui. Je tiens à dire aussi, que j’apprécie la critique qu’a faite Marie-Georges Buffet du gouvernement auquel elle a participé. En précisant toutefois, que le parti aurait pu éviter cette expérience négative, si il avait écouté les militants, certes minoritaires à l’époque mais qui, eux, avaient bien entendu ce que déclarait Lionel Jospin, en ouvrant la porte à quelques ministres communistes : « c’est le programme du parti socialiste, rien que le programme du parti socialiste qui sera appliqué ». Je n’ai pas envie qu’il y ait un trait d’égalité entre notre candidat et ceux qui n’ont pas tiré toutes les leçons de la gauche plurielle. Ce serait injuste à l’égard de Marie-Georges Buffet, et surtout nuisible à notre résultat. Les communistes peuvent comprendre cela et on peut leur faire confiance pour que la possibilité de changer les choses en profondeur dans ce pays, l’emporte sur le patriotisme de parti et l’estime qu’ils portent à Marie-Georges Buffet. Je partage ce qu’a dit Pierre Zarka à la Conférence Nationale du PCF ; « L’ambition. Il ne s´agit pas d´une incantation. Plus nous favoriserons le rassemblement antilibéral le plus large et plus il sera clair que l´ambition est de haut niveau. Plus nous ferions passer toute autre considération avant l´ampleur du rassemblement et plus nous afficherions renoncer à une ambition de grande portée. » C’est dans cet état d’esprit que nous avons été quelques uns à suggérer, que ce soit le PCF lui-même qui propose une candidature offrant le maximum de chance de rassemblement. Malheureusement, cette idée a été jugée « irrecevable », mais j’espère que l’on aboutira à une solution à la fois plus réaliste et plus mobilisatrice, car ce qui compte par-dessus tout c’est le but que nous nous sommes fixé. Et les autres candidatures ? D’abord, je regrette profondément le positionnement de la Ligue Communiste. Celle-ci risque de passer à côté d’un moment historique décisif dans la vie de notre pays. J’espère que ce n’est pas irréversible. En tout état de cause, pour des raisons similaires qui touchent au profil politique de Marie-Georges Buffet, je ne serais pas partisan de la candidature de Olivier Besancennot, comme celles de Clémentine Autain et Patrick Braouezec. Quant à José Bové, si j’ai le plus grand respect pour son engagement je ne crois pas qu’il ait un profil suffisamment politiquement généraliste pour être candidat à la présidence de la République. Il reste et demeure avant tout aux yeux des français le porte-parole altermondialiste du mouvement paysan ! Le choisir serait tombé dans le piège de la personnalisation qui déformera nécessairement le projet de notre mouvement Reste Yves SALESSE. Je crois qu’il est le candidat le mieux à même de rassembler les forces antilibérales et au-delà, les très nombreux électeurs que nous voulons convaincre. Il n’est pas connu d’un large public ? Ce n’est pas forcément un handicap devant le ballet politico médiatique, de gens connus et archi-connus, auquel nous assistons. Et ce serait peut-être même l’effet de surprise salutaire ! Il n’est pas membre d’un parti mais son engagement à gauche, depuis longtemps, offre toutes les garanties. On lui doit l’initiative de l’appel des 200, contre l’Europe libérale. Il fut un précurseur de la constitution des collectifs pour "Un NON de gauche au TCE". C'est lui qui impulsa leur transformation en collectifs du 29 mai. C'est lui qui rédigea la première mouture de ce qui allait devenir l'Appel du 11 mai pour un rassemblement antilibéral et des candidatures communes. Il est un des principaux animateurs du collectif national et le coordonnateur de la rédaction du projet de programme. Il a démontré sa capacité, par exemple à la télévision, à affronter les adversaires les plus solides et les plus habiles sur les questions nationales, européennes et internationales, sur les problèmes financiers économiques et sociaux, sur les questions environnementales. Il est un expert des questions européennes. Tous ceux qui l’ont vu dans les assemblées de collectifs antilibéraux lui reconnaissent de grandes qualités de synthèse. Et il est un très bon orateur. Sans verser dans le travers du vedettariat, nous avons donc la chance d’avoir un possible candidat possédant toutes les qualités requises. Si j’ose dire, nous avons le pain et le couteau : une plateforme unitaire, un programme et si nous le voulons, un bon candidat qui sera épaulé par tous les porte-paroles des diverses composantes de notre rassemblement. On l’aura compris, je ne partage pas l’idée, quelques fois énoncée dans notre mouvement : « peu importe le candidat, l’essentiel c’est le programme ! » La loi électorale étant ce qu’elle est, la question du profil de notre candidature est décisive. Si en revanche nous voulons dire que notre candidat sera celui de la présidence d’une République où la décision appartiendra d’abord au peuple et à ses représentants, alors je suis d’accord. C’est le programme que devront appliquer le Président et nos députés. Le 30 octobre 2006 ......................................................... * Marcel Tassy est membre du Parti Communiste depuis 1948. Dés le début des années 50, il y occupe d’importantes responsabilités. Secrétaire fédéral des Jeunesses Communistes, il connaît alors, arrestations et procès pour ses engagements contre les guerres du Viêt-Nam, d’Algérie et de Corée. Pendant plus de 40 ans, il se verra confier d’importantes responsabilités à la Direction de la Fédération des Bouches du Rhône, des sections de l’Etang de Berre et du Comité de Ville de Marseille. Dans les années 70, il sera, pendant quelques années, directeur politique de « La Marseillaise ». Il est élu Conseiller Général, Député, chargé, par son groupe, des problèmes de l’Information. Il participe au premier Conseil Régional. Dans les années 80, il est adjoint au Maire de Marseille où il préside la commission des grands équipements. Mais il consacra l’essentiel de sa vie de militant à la défense des habitants des cités populaires et des travailleurs des entreprises des quartiers Nord-Est de Marseille et des communes du canton de Roquevaire.



