Mon blog a pour vocation de débattre avec tous ceux qui souhaitent contribuer à faire progresser la réflexion pour une transformation sociale. Ci-dessous la contribution d’Henri Génard. Frédéric DUTOIT.
LE DEVOIR DE REUSSITE.
Par Henri GENARD
« Cher (e)s camarades,
Nous sommes à une phase de notre rassemblement qui doit nous permettre de finaliser l’accord politique afin de mener une campagne électorale ambitieuse. Nous avons franchi deux caps. Celui de l’affirmation d’une ambition et d’une stratégie qui constitue une feuille de route importante. Celui d’un socle programmatique, certes non bouclé, mais nous permettant de nous tourner vers l’extérieur, de « sortir de l’entre soi », comme le disait Yves Salesse lors des journées des 14 et 15 octobre. Il reste de finaliser avec des candidatures communes à la présidentielle et aux législatives.
Prenons dès maintenant un engagement : celui d’aller jusqu’au bout. Il faut bien se persuader qu’il n’y a pas de stratégie de rechange en dehors du rassemblement. Soit nous laissons d’ores et déjà la droite et les socio libéraux maîtres du jeu, avec les résultats catastrophiques que cela va entraîner pour notre peuple, soit nous décidons de proposer une offre politique crédible, qui peut ouvrir la voie à une autre alternative. Une offre politique à vocation majoritaire pour vraiment changer la vie. On peut dynamiter à la racine la bipolarisation de la vie politique, faire exploser les tentatives de remodelage de notre société. Face à de tels enjeux, rien, je dis bien RIEN ne doit empêcher l’aboutissement de l’accord politique pour un rassemblement antilibéral. Mettons cartes sur table les uns et les autres. Sans arrière-pensée. Quelles sont nos difficultés ? Celles d’être différents, avec une culture différents, une vie militante qui nous a pendant longtemps éloignés les uns des autres pour certains. Nous connaissons une crise de la politique qui fait douter de la force, de la place de la politique. Qui fait peser la suspicion sur les partis. C’est un véritable obstacle pour ceux qui veulent réhabiliter la politique, montrer qu’elle n’est pas le fruit de fatalités. Nous avons fait un choix fondamental. Un pari qui peut apparaître un peu fou. Celui de nous rassembler avec la volonté de faire de nos différences une force. Celui de rendre confiance dans la force des choix politiques. Qu’est ce que l’on peut dès maintenant convenir ? Que ces forces si multiples, si diverses, rassemblant partis et organisations diverses, individus, sont parvenues à s’entendre sur une stratégie et un socle programmatique. JAMAIS autant de forces, si diverses, n’avaient atteint un tel degré de rassemblement sur un tel objectif : mettre en œuvre une politique de transformation sociale. Et nous faisons le pari de construire un rassemblement durable, allant bien au-delà d’un rassemblement purement électoral. Il y a un obstacle qu’il nous faut bien mesurer : l’attitude de la direction de la LCR. Cette dernière semble camper pour le moment sur sa décision de refuser, -quoi qu’il arrive et quel que soit le rapport de forces - toute formation d’une majorité parlementaire et gouvernementale avec le PS. Pourtant, le texte sur la stratégie me semble clair. Pas d’accord de gouvernement avec le PS sur la base de son programme. Nous n’irons au gouvernement que sur la base d’une rupture avec les politiques libérales. Et c’est parce que nous nous plaçons dans une posture majoritaire que nous avons l’objectif de faire bouger toute la gauche et parvenir à ce qu’une majorité de gauche puisse gouverner et mettre en place un programme de rupture avec le libéralisme. Si nous ne disputons pas les rênes du pays à la droite et au social libéralisme, nous laissons un espace favorable au vote utile. C’est la position majoritaire qui s’est exprimée le 10 septembre à St Denis. C’est cette position qui n’est pas partagée par la direction de la LCR. La discussion avec cette dernière se poursuit avec le collectif national. Si la LCR campe sur cette position, elle peut rendre impossible l’accord et le rassemblement que nous voulons effectuer. J’ose croire qu’elle choisira la réussite du rassemblement à son échec. C’est une lourde responsabilité qui pèse sur elle. C’est pourquoi je voudrais m’adresser à mes camarades de la LCR : vous avez, comme nous tous, une obligation de réussite. Ne prenez pas la responsabilité de l’échec ! C’est trop important, l’enjeu est historique. Nous avons besoin de tout le monde. Ne loupons pas la marche ! Quant au PCF, dont je suis membre, et dont je partage la proposition de candidature de Marie-George Buffet, là aussi je voudrais lancer un message loin de la langue de bois. Je voudrais m’adresser à tous mes camarades membres du parti. Jouons la gagne, celle du rassemblement. Il faut bannir toute attitude qui consisterait à vouloir imposer la candidature de Marie-George pour l’élection présidentielle. Soyons persuadés qu’une telle candidature, dans de telles conditions, ne permettrait pas au rassemblement de réussir. Or, tel doit être notre SEUL objectif. Je voudrais enfin, donner mon point de vue sur quelques questions. D’abord sur l’attitude du PCF à Bordeaux. Actons le fait que seuls des engagements pris en commun peut nous obliger à les respecter. Faisons donc le pari que notre rassemblement réussisse, et que les élections municipales de 2008 se présenteront différemment, à Bordeaux comme dans tout le pays. Sur la proposition de candidature de MG Buffet. On me dit, elle est dirigeante d’un parti. On a le droit de penser que cela puisse être un handicap. Mais, est ce qu’en faisant une telle proposition, le PCF violerait un quelconque accord entre nous ? Pas du tout, car, si l’on a parfaitement le droit de penser que cette candidature n’est pas appropriée, cela ne fait pas partie des critères définis en commun. A St Denis, l’appartenance ou non à un parti, le fait que cela soit un dirigeant de parti ne fait pas partie des critères retenus pour la candidature à la présidentielle. Ni pour dire, c’est un atout, ni pour dire le contraire. Chacun peut donc, sans aucunement violer nos accords, parler sans crainte, librement et sereinement et développer sa position. Encore une fois, je ne me sens tenu que par les accords que nous avons jusqu’à présent passés, de nature stratégique, programmatique et critères de candidatures. J’entends donc dire ; pas une figure d’un parti, pas un dirigeant. Parce que cela laisserait à penser que le rassemblement se réalise autour d’un parti. Je comprends. D’abord, une chose ; je comprends moins ceux qui disent, c’est impossible de réaliser un tel accord avec une telle candidature. Pourquoi ? Parce qu’eux-mêmes opposeraient un préalable négatif à une telle candidature ? Prenons les uns et les autres l’engagement suivant : quel(le) que soit le (la) candidat(e) retenu(e), nous le (la) soutiendrons. Je suis logique jusqu’au bout envers moi-même. A mes camarades du parti communiste, je leur dis, nous devrons nous retrouver sur la candidature qui aura fait consensus, MEME SI CE N’EST PAS MARIE GEORGE BUFFET . Mais je dis aux autres, à tous, aux camarades Verts, de la LCR qui sont dans les collectifs: retrouvons nous ensemble, MEME SI C’EST MARIE GEORGE BUFFET. Sont-ils prêts à lancer le même appel que moi à leurs camarades ? Sur la candidature de Marie-George, quelques questions pour la réflexion. Dirigeante d’un parti, un handicap ? En disant cela, est ce que le message que nous envoyons ne brouille t-il pas notre volonté de réhabiliter la politique, afin de répondre au handicap que constitue le fait que la conscience a reculé sur la possibilité pour la politique de changer les choses ? Est-ce que changer les choses, ce n’est pas précisément ce que nous recherchons ? Attention de ne pas participer, à notre corps défendant, à cette campagne qui veut mettre hors jeu la politique et les partis. Nous ne recherchons pas une candidature de témoignage, nous voulons vraiment changer la vie, la politique. Etre crédible sur ce point, loin de toute « personnalisation ». Est-on certain que sur ce point, à partir de l’objectif recherché, de l’ambition affichée, Marie-George Buffet soit la moins bien placée ? Pas de rassemblement autour d’un parti. Soit. Mais faut-il alors que le rassemblement se fasse autour d’un individu ? La présidentielle, malheureusement, est justement faite pour rassembler autour de quelqu’un. Y a-t-il un candidat qui peut y échapper ? Est-on bien sûr, que sur cette question, là encore, ce soit Marie-George Buffet la moins bien placée ? J’entends dire aussi : elle ne fait pas l’unanimité parmi nous. C’est vrai. Peut-on me donner un nom qui la fasse ? Le rôle des partis ? Oui, c’est vrai, ils se sont quelque peu décrédibiliser. Ne faut-il pas précisément sur cette question, militer pour que les partis remplissent une fonction nouvelle ? Non pas confisquer des pouvoirs, mais les partager. Je dois dire que c’est en tant que communiste que je m’implique totalement dans cette direction. Le communisme, n’est ce pas cela avant tout, le partage des pouvoirs jusqu’au dépérissement de l’Etat ? J’aurais aimé que dans cette contribution au rassemblement, afin de changer les rapports entre partis et société, le PCF, en tant que parti, ne soit pas si seul. La proposition de la dirigeante d’un tel parti pour concrétiser notre rassemblement, est-ce un handicap ? Est-ce que cela ne montre t-il pas la nécessité de nouveaux rapports partis-société ? De nouveaux partages de pouvoirs ? Voilà quelques questions pour la réflexion collective. De toute façon, il nous faudra chuter sur une candidature. L’enjeu est trop important. Attention de ne pas déraper sur cette question délicate. Chacun doit pouvoir s’exprimer sereinement. Dans le collectif du 15e, auquel je participe, il nous faudra décider, comme ailleurs, de la méthode ; des propositions ont été faites lors des rencontres nationales : on peut voter, ou bien exprimer des préférences par priorité. DE TOUTE FACON, il faudra qu’une tendance se dessine sur une candidature. On peut aussi, on devrait, ne pas se cantonner aux seuls présents dans les collectifs. Sortir de l’entre-soi, donner à voir nos propositions pour en débattre et poser la question de la candidature à la population. On pourrait décider de prendre des initiatives envers quelques cités, quelques entreprises. Dans chaque circonscription, il existe des « bureaux test », ceux dont l’expression de la population recoupe en général les résultats électoraux. On pourrait ainsi avoir une action envers les populations gravitant autour de tels bureaux. Toutes les idées sont à creuser. Toutes les initiatives sont bonnes à prendre afin de nous aider à faire nos choix. Une fois le choix fait dans le 15e, dans les collectifs locaux, attention de ne pas aller plus vite que la musique. Nous aurons une tendance, dans notre arrondissement. Nous devrons faire remonter au plan national. Mais c’est seulement la synthèse de toutes ces tendances qui permettra d’arrêter un choix sur la candidature. Cette synthèse peut être différente du choix fait dans tel ou tel collectif local. Pour ma part, c’est comme cela que nous parviendrons à ce consensus. Avec la volonté, pour chacun, de prendre en compte la tendance générale qui aura émergée. Nous vivons une drôle de période. Nous sommes en train d’écrire l’histoire. Notre histoire collective. Je crois fermement que nous allons réussir. Je ferais tout pour cela. Dans quelques années, je fais le pari que, regardant en arrière le chemin parcouru, nous considérerons les frictions qui peuvent exister aujourd’hui comme autant d’indices d’un mouvement naissant encore immature. Comme les symptômes d’une crise d’adolescence. Notre aventure commune constitue une situation inédite. Autant d’hommes et de femmes si divers, rassemblés sur un même objectif, animés d’une même volonté! Qui l’aurait cru il y a à peine deux ans ? Quel enrichissement culturel, humain, pour chacun d’entre nous ! Une richesse que nul n’a le droit de dilapider. Une richesse que nous devons tous cultiver. »



