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« LA REVOLTE POPULAIRE DES BANLIEUES : BILAN ET PERSPECTIVES ».

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Réflexions : Le 30 octobre j’organisai un colloque sur « la révolte populaire des banlieues : bilan et perspectives ». Ont participé, le collectif ACLEFEU, Christine Boutin député, Mr Toro conseiller général de Seine St Denis, de nombreux jeunes, éducateurs, enseignants, travailleurs sociaux, etc. Voici quelques réflexions d’analyses issues de ce débat. C’était le 27 octobre dernier à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Deux adolescents fuyant un contrôle de police trouvaient la mort dans un transformateur électrique où ils s'étaient réfugiés. Ils s’appelaient Zyed Benna et Bouna Traoré. Ils avaient respectivement 17 et 15 ans. Le 27 octobre 2005, voulant échapper à un contrôle de police, ils s’étaient réfugiés avec un ami dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. Ils sont morts électrocutés. Muhittin Altin, 17 ans, lui, a survécu à ses blessures. Deux décès et un évènement dramatique qui servi d'étincelle à l'embrasement des quartiers sensibles durant plusieurs semaines. Enfin, un homme, qui prenait des photos dans la rue, est mort à la suite d’une agression due à ce climat d’insécurité. http://aclefeu.blogspot.com/

Depuis la tragédie de Clichy, les jeunes du quartier ont entrepris un tour de France pour expliquer les problèmes des quartiers populaire et inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. Le comité "AC le Feu" ouvre de ville en ville un "cahier de doléances" où les jeunes comme les moins jeunes peuvent s'exprimer. Le résultat de cette consultation a été déposé à l'Assemblée nationale (j’ai reçu une délégation pour le groupe communiste), le 25 octobre lors d'une manifestation à l'occasion du premier anniversaire de la mort des deux jeunes de Clichy par ACLEFEU. Il faut certainement faire la part d’un climat plus général : celui de quartiers où être adolescent, c’est assurément, pour certains, dériver dans la délinquance, mais c’est surtout en amont, et pour beaucoup plus, faire l’expérience de la ségrégation urbaine, renforcée par l’école, de l’accès difficile aux loisirs, et des contrôles musclés, parfois racistes, de la part de forces de police qui agissent d’autant plus brutalement qu’elles sont elles-mêmes saisies par la peur. Cette révolte sociale n’a été ni préparée ni organisée. Dès le début, la thèse du complot a été avancée par le ministre de l’Intérieur, M. Sarkozy : selon ce point de vue, un petit nombre de caïds et trafiquants de drogue, dans le but de protéger leurs territoires face à l’intrusion des forces de police, auraient de longue date fomenté les émeutes en mobilisant une population jeune et désœuvrée. Comme preuve d’organisation, les autorités ont été jusqu’à incriminer l’usage des téléphones portables et d’Internet, qui permettaient aux émeutiers de se rassembler rapidement. Notons que la thèse du complot, qu’aucun fait n’a pu confirmer, a été démentie le 23 novembre par les propres services de Renseignements généraux (RG) de ce ministre. Le Syndicat de la magistrature (composé de la frange la plus à gauche des juges) a quant à lui contredit la thèse officielle selon laquelle la majorité des émeutiers étaient « connus des services de police », selon l’expression habituellement utilisée pour salir des personnes accusées sans preuve. Il y a donc un déficit de connaissance, s’agissant d’émeutiers à qui les médias n’ont pratiquement pas donné la parole pendant tous les événements et que peu de gens peuvent prétendre connaître en profondeur. Toute interprétation alternative nécessite beaucoup de modestie, afin d’éviter les clichés généralisateurs tels que les ont véhiculés les médias. Après le dénigrement, la répression et les polémiques médiatiques, des chercheurs et des acteurs de la vie locale et associative cherchent à comprendre le sens de ce mouvement. D’abord, les émeutes d’octobre-novembre 2005 ne constituent ni un phénomène inattendu ni une nouveauté en France. C’est le résultat inévitable d’au moins cinq années de sarko-show, huit années de durcissement sécuritaire et plus de trente années de dégradation sociale. Pour qu’une poudrière explose, il faut à la fois de la poudre et un détonateur. Sans détonateur, la poudre n’exploserait pas. Sans poudre, le détonateur ferait long feu. Ce qui s’est passé dans les banlieues françaises depuis la fin du mois d’octobre relève d’abord de cette simple évidence. C’est donc l’annonce du « nettoyage au Kärcher » de la « racaille » des cités, suivie, à Clichy-sous-Bois, de la mort de deux adolescents dans un transformateur EDF et du jet d’une grenade devant la mosquée Bilal, qui a donné le signal de l’escalade. Que le ministre de l’intérieur aurait sans doute stoppée net s’il s’était rendu sur place pour s’excuser. Mais souligner les responsabilités écrasantes de M. Sarkozy est une chose, lui faire porter – et à lui seul – le chapeau en est une autre. Certains commentateurs ont caractérisé l’irruption des violences de novembre 2005, avec près de 10.000 voitures brûlées, des dizaines de bâtiments détruits, des agents des services publics agressés et blessés, comme une révolte des banlieues. Le mot "révolte" à la connotation d'un soulèvement spontané à l'instant T, or, le phénomène de perte de liens sociaux, de désagrégation de la mixité sociale, n'a fait qu'empirer depuis le début des années 70 et, s'est déjà traduit par des mini-crises ponctuelles et certains actes comme celui de brûler les voitures dans nos villes est une réalité depuis un certain nombre d'années. Les professions en contact avec l’univers des « banlieues », « cités » et autres « quartiers difficiles » (éducateurs, travailleurs sociaux, policiers), ainsi que de nombreux sociologues, ont depuis longtemps alerté les pouvoirs publics sur la situation explosive et la violence sporadique qui y règnent. Voici une sélection de quelques dates qui jalonnent une chronologie vieille de plus de 25 ans (cette chronologie est directement liée à la dégradation du climat social dans les « cités » autour des grandes villes) : 1975 - 2005 : 20 ans déjà que le Ministère de la Ville a été créé pour répondre à l’exclusion et à la misère sociale des quartiers dits défavorisés. Les Ministres passent avec leurs lots de recettes miracles : DSQ, ZEP, ZUP, BAC, ANRU•. La banlieue sert de défouloir pour des politiques et des médias en mal de petites phrases assassines sur les zones de non-droit, les parents irresponsables, la mafiatisation et autres dérives islamistes. Les habitant(e)s des quartiers, et notamment les jeunes, sont stigmatisés et désignés comme responsables de toutes les dérives de notre société. Ca ne coûte pas cher de donner des leçons de civisme et de montrer du doigt les racailles ou les sauvageons en les jetant à la vindicte populaire. Et ça peut rapporter gros. Les quartiers populaire deviennent une problématique à part, dont on confie la gestion à la police et à la justice. Dans ces conditions, est-il si difficile de comprendre que cette jeunesse a avant tout besoin de reconnaissance et de dignité (le fameux «respect») ? Victimes de toutes les discriminations, de toutes les humiliations, objets permanents du mépris social, de la brutalité policière, des contrôles au faciès, du racisme, privés d’avenir, précarisés, déclassés, rejetés, orientés par le système scolaire dans les voies de garage, interdits de se rassembler, toujours soupçonnés de tous les maux, privés de leur droit au respect et à la dignité, les jeunes des quartiers expriment leur révolte de manière spectaculaire et disent : « Nous n’avons pas d’autre moyen de nous faire entendre ! ». Face à une violence sociale et institutionnelle insupportable, leur révolte est plus que légitime : elle est salutaire. Elle constitue une réaction politique. En l’assimilant à la délinquance, en y opposant la répression brutale, en ajoutant le mépris à la provocation, le pouvoir souffle sur l’incendie qu’il a lui-même allumé. La création de « classes dangereuses », la criminalisation des classes populaires, le mépris du patrimoine des banlieues, la violence sociale induite par le néolibéralisme ou encore la persistance d'un post-colonialisme à la française..., autant de pistes à explorer d'urgence pour pouvoir entendre la jeunesse révoltée et construire avec elle avant que ne reprenne l'incendie. Sauf exception, les personnes qui ont participé activement à ce mouvement ne sont pas des immigrés : ce sont de jeunes enfants d’immigrés, de nationalité française pour la plupart. L’amalgame entre les immigrés et leurs enfants est en France une des armes favorites de la politique de stigmatisation des minorités. Lors des émeutes, M. Sarkozy a annoncé qu’on expulserait les étrangers qui y avaient participé, mais il n’a réussi à en faire arrêter que sept, et la justice a pour l’instant désavoué les mesures d’expulsion les frappant. Mais en traitant implicitement les émeutiers d’« étrangers », le ministre a sciemment ouvert la voie aux propos les plus belliqueux. Une exclusion scolaire. L'école n'est pas vécue par une partie de ces jeunes comme un instrument de promotion mais comme le lieu d'une sélection qui transforme leur destin social en autant d'humiliations personnelles. Vingt-quatre ans après leur création, les ZEP apparaissent de plus en plus comme un énorme ratage en termes de politique publique. Une étude publiée aujourd'hui par l'Insee dans sa revue Economie et statistique confirme brutalement plusieurs évaluations récentes : si le niveau des élèves de ZEP reste nettement inférieur à celui des autres élèves, ce n'est peut-être pas seulement en raison de la structure sociologique de ces zones, mais aussi parce que l'Etat n'a accordé qu'une priorité relative à ces zones. - Le leurre des moyens supplémentaires Quand elles sont créées par Alain Savary, dès juillet 1981, les ZEP promettent de «donner plus à ceux qui ont moins». L'époque est ambitieuse : les ZEP sont censées durer quatre ans, juste le temps pour les 363 zones identifiées à la rentrée 1982 de rattraper leur retard. Vingt-trois ans plus tard, le bilan est sans appel : l'Etat n'a pas mis le paquet. Le surcoût de masse salariale des enseignants n'est ainsi que de 8 % par élève en ZEP. Ces enseignants étant en moyenne beaucoup plus jeune que la moyenne ¬ donc moins bien payés ¬ l'Insee estime que «les salaires moins élevés de ces professeurs compensent probablement, en partie, le surcoût des ZEP résultant des postes supplémentaires et crédits indemnitaires». L'effort budgétaire correspond donc bien à une hausse du nombre de profs. Mais ce gain est minime : en moyenne, une classe de collège en ZEP compte deux élèves de moins qu'une classe non ZEP. Dit autrement : les ZEP offrent des conditions d'enseignement à peine meilleures, pour un coût pratiquement nul. De fait, l'Etat dépense plus pour les collèges ou les lycées privilégiés qui attirent les enseignants en milieu et fin de carrière. La conclusion de l'Insee est sans appel : si «la masse des dépenses supplémentaires engagées est loin d'être négligeable [...], les moyens affectés directement aux élèves se réduisent à quelques heures d'enseignement supplémentaires». Le comble : «Les primes ou avantages en termes de promotion attribuées aux enseignants de ZEP n'ont pas permis de stabiliser le personnel de ces établissements.» L e turn-over se serait accru au fil des ans, en dépit de l'instauration d'une «prime de sujétion spéciale» de 1 000 euros par an en 1990. - Peu ou pas d'effets sur le niveau des élèves Pour l'Insee, «la mise en place des ZEP n'a eu aucun effet significatif sur la réussite des élèves». Ce qui est, de fait, un jugement médian par rapport aux derniers travaux. Certains chercheurs estiment que «les données concernant les acquis scolaires s'avèrent décevantes» et rendent hardies les conclusions trop tranchées. D'autres, comme l'économiste Denis Meuret, affirment que les élèves de ZEP «réussissent un peu moins bien qu'ils ne réussiraient ailleurs». La lecture la plus optimiste est signée Marc Gurgand, qui commente l'enquête de l'Insee dans le même numéro d'Economie et statistique : «Les ZEP peuvent paraître n'avoir aucun effet, simplement parce qu'elles ont réussi à maintenir les écarts de résultats observés en 1981, alors même que les difficultés des élèves et les conditions de travail des enseignants empiraient.» Seule certitude : les ZEP ne sont pas devenues les «zones d'excellence pédagogique» que leurs initiateurs espéraient. Notamment parce qu'on a beaucoup tâtonné autour de l'articulation transmission du savoir-socialisation des élèves, le second objectif passant parfois au premier plan. - Les inégalités ont augmenté C'est le ministère de l'Education nationale qui prévient : «Méfiez-vous des moyennes quand vous parlez des ZEP : les situations sont très hétérogènes sur le terrain.» De fait, certains établissements concernés obtiennent des résultats remarquables et l'étude de l'Insee tend à les minimiser. Elle confirme en revanche l'absence d'une politique de pilotage cohérente. En réalité, l'histoire des ZEP s'est stratifiée autour de trois époques : la mise en place en 1982, une première relance en 1990, une seconde en 1998. A chaque fois, ces zones s'étendent : on passe de 8,3 % des écoliers et 10,2 % des collégiens en 1982 au double aujourd'hui. Mais les écarts se sont creusés à l'intérieur des ZEP. Ainsi, le taux d'élèves issus de familles défavorisées est de 65,4 % en ZEP (contre 44,7 % hors de ces zones). Mais, dans 10 % des établissements, ce taux d'enfants défavorisés est supérieur à 80 %. Dans les 10 % du haut du panier, il est inférieur à 44,7 %. - La volonté politique fait défaut Gilles de Robien n'a sans doute pas tort d'avancer à pas de loup dans son idée de rénover les zones d'éducation prioritaire : jusque-là, «la politique des ZEP a connu des phases de relance visant principalement à en élargir l'emprise, alors que ni son efficacité globale, ni sa capacité à corriger l'inégalité des chances n'étaient clairement établies», souligne le chercheur Marc Gurgand. Reste à savoir si le ministre pourra refonder la politique d'éducation prioritaire dans un contexte de vaches maigres budgétaires, mais aussi de gestion des ressources humaines ubuesque : une erreur de prévision massive a conduit l'Education nationale à recruter plusieurs milliers d'enseignants condamnés à trois années au moins de remplacements en début de carrière (puisque dans le même temps elle a supprimé des postes fixes dans les établissements ou fermé des structures). Ce qui est peu propice à la stabilisation des équipes, d'autant que ces jeunes atterrissent majoritairement en ZEP. Le diagnostic des chercheurs Martine Kherroubi et Jean-Yves Rochex, sur l'état moral des «acteurs» de la politique des ZEP, risque fort de conserver sa pertinence : «Ils ont bien souvent le sentiment non seulement d'être démunis d'orientations claires et de soutien effectif, mais d'être envoyés seuls au "front" pour maintenir à flot une barque scolaire que la logique économique libérale et les politiques d'emploi et d'habitat ne cessent de charger et de déstabiliser.» Une exclusion économique. Tandis que nous commentons des hausses ou des baisses d'un taux de chômage national entre 8 et 9 %, la situation d'une partie de la jeunesse est sans commune mesure. Le taux de chômage des jeunes à Clichy-sous-Bois tourne autour de 30 %. Et si l'on cible les jeunes nés de père ouvrier et sortis de l'école sans diplôme ou avec un simple CAP, le taux de chômage dépasse les 50 % dans la plupart de ces quartiers qui s'enflamment de nouveau aujourd'hui. Sans emploi, impossible d'accéder à un logement et d'envisager de pouvoir fonder sa propre famille. La vie «normale» est interdite. Malgré le texte SRU de 2000, quelque deux cents localités n'ont pas construit d’HLM. Une exclusion politique. Après l'échec du «mouvement beur» du début des années 1980, et tandis que les militants politiques et syndicaux ont déserté les quartiers populaires, la jeunesse de ces quartiers ne parvient pas à faire entendre sa parole dans l'espace politique. Pire : quand elle tente de s'exprimer et de s'affirmer d'une autre façon, ceci se retourne contre elle. Son engouement pour le rap est traité avec crainte ou condescendance. Son affirmation identitaire est accusée d'être une forme de «communautarisme» qui menacerait l'unicité de la République. Son affirmation religieuse est criminalisée au nom de la peur du terrorisme ou de la liberté des femmes. Cette semaine d’émeutes exprime le désespoir de la frange la plus marginalisée d’une génération en manque de perspectives. Elle est pourtant à mettre en lien avec la stratégie de la tension du gouvernement et l’actuelle répression des mouvements sociaux (transports, Poste, mouvement des lycéen-nes, faucheurs d’OGM ...). Ces luttes témoignent de la même insécurité sociale. Et que dire des provocations du ministre de l’Intérieur, mais surtout du mépris d’une politique qui, considérant les cités comme des territoires à reconquérir, s’apparente de plus en plus à une pratique coloniale et militaire du « maintien de l’ordre » ? Jamais les événements de Clichy-sous-Bois n’auraient eu de telles répercussions si les quartiers dits sensibles ne s’étaient trouvés au carrefour de trois crises exacerbées : une crise sociale, une crise postcoloniale et une crise de représentation politique. Lesquelles appellent désormais des solutions globales, rompant avec la logique néolibérale mise en œuvre par la droite après l’avoir été par une bonne partie de la gauche... Lorsque le terme « intégration » fait son apparition dans les années 1980, il séduit : contrairement à l’« assimilation », il semble admettre le respect de la culture, des traditions, de la langue et de la religion des nouveaux citoyens français. Mais, à l’usage, il s’avère piégé. Dès lors que l’intégration ne fonctionne pas, c’est en effet vers les jeunes des banlieues que se pointe un doigt accusateur, comme pour leur demander : « Pourquoi ne faites-vous pas l’effort de vous intégrer ? » Au lieu de se tourner vers une société incapable d’assurer l’égalité des droits et des chances à tous ses enfants, quelles que soient leur origine, la couleur de leur peau, la consonance de leurs prénom et nom, leur confession. Et la simple morale rejoint, ici, l’intérêt national. Car les fils et les filles des immigrés d’hier n’ont guère de chances de vivre et de faire vivre à leur descendance une vie décente s’ils ne prennent pas toute leur place dans la société française. Mais cette dernière n’a également guère de chances de sortir de la crise globale qu’elle traverse si elle se prive de l’apport, des énergies et des compétences d’un dixième de sa population. C’est un des enjeux décisifs des prochaines décennies. Comment y parvenir ? Certainement pas en réduisant les moyens consacrés au fonctionnement et à la rénovation. Depuis l’élection de M. Jacques Chirac à la présidence de la République, en mai 2002, les banlieues ont été les premières victimes des réductions budgétaires mises en œuvre au nom du sacro-saint pacte de stabilité de l’Union européenne. Ainsi les gouvernements de droite ont-ils réduit les crédits destinés à la reconstruction des habitats les plus dégradés, supprimé les centaines de milliers d’« emplois-jeunes » et d’« aides-éducateurs », diminué le nombre des enseignants et autres fonctionnaires, taillé dans les subventions aux associations, sacrifié la police de proximité au déploiement de forces d’intervention, etc. Le « plan » annoncé le 8 novembre par le premier ministre Dominique de Villepin se contente de rétablir une petite partie de ces crédits supprimés par son prédécesseur – et en profite pour remettre en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans instaurée par le général de Gaulle en 1959 ! Au-delà, pour l’essentiel du personnel politique, la solution résiderait dans la promotion d’une petite élite issue de l’immigration, dont les membres, en échange de leur réussite sociale, se chargeraient de maintenir l’ordre parmi les leurs. Nul mieux que M. Sarkozy n’a formulé cette vision : tel le Dr Jekyll et Mr Hyde, l’homme de l’ordre se veut aussi celui du changement, ex-partisan de la suppression de la double peine, parrain du Conseil français du culte musulman (CFCM), hésitant quant à la loi sur les signes religieux à l’école, tenant de la « discrimination positive » et même du droit de vote des immigrés aux élections municipales. Il n’est évidemment pas question de mépriser les « petits changements », à condition, bien sûr, qu’ils aillent dans la bonne direction. Ainsi de la convention signée par l’Institut d’études politiques de Paris avec un certain nombre de lycées des zones d’éducation prioritaires (ZEP). D’aucuns craignaient que, entrés sans passer le concours, les jeunes issus des banlieues deviennent des étudiants au rabais. Il n’en a rien été : tous ou presque figurent rapidement parmi les éléments les plus brillants de Sciences Po ; reste à savoir si leur entrée dans la vie active sera aussi réussie. Et le succès de cette expérience a suscité dans les lycées de quartiers défavorisés un certain espoir, entretenu par le tutorat qu’assurent nombre de ces « grands frères ». On imagine sans mal la percée que représenterait la généralisation de ce « coup de pouce » – sur base sociale, et non ethnique – à toutes les grandes écoles. Mais n’en exagérons pas la portée : elle ne concernerait en tout état de cause que quelques centaines d’étudiants sur les millions de jeunes ghettoïsés. Pour répondre à l’attente de l’immense majorité des populations des banlieues, ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est pas une addition de mesures partielles, mais, pour reprendre l’expression du député communiste de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec, un « Grenelle des banlieues ». Le récent rapport de l’Observatoire national des ZUS confirme que, par rapport à la moyenne nationale, le taux de chômage comme l’échec scolaire y sont deux fois plus élevés, le revenu fiscal moyen inférieur de 40 %, les « établissements de pratique médicale » deux fois moins nombreux, la délinquance supérieure de moitié (5)... Comment inverser ces tendances si ce n’est en procédant à des réformes radicales bénéficiant, qui plus est, de financements massifs ? Casser la ghettoïsation suppose d’accélérer considérablement à la fois la rénovation des villes pauvres et le développement de la mixité dans les villes riches, ce qui exige des dizaines de milliards d’euros et une volonté politique se traduisant par des mécanismes de nature à imposer à tous la loi sur la solidarité et le renouvellement urbains (SRU) – dont le député-maire UMP d’Argenteuil Georges Monthron déclarait récemment : « Si on n[e l’]applique pas (...), on va vers l’explosion urbaine (6). » Pareillement, comment venir à bout de l’échec scolaire dans les banlieues sans redéployer des moyens matériels et humains considérables ? De même, l’offensive indispensable contre le chômage implique un formidable effort de création d’emplois publics et privés, bien au-delà de ces zones franches urbaines (ZFU) qui apportent plus d’exonérations fiscales que d’embauches locales. S’il ne coûte rien financièrement, le combat contre le racisme, dans son expression verbale et physique, mais aussi à travers les discriminations de tout ordre, suppose une détermination sans faille, à rebrousse-poil des réflexes ancrés dans l’histoire... Autant d’objectifs essentiels, sur lesquels le débat devrait se centrer, afin de définir des propositions précises permettant de les atteindre aussi rapidement que possible. Encore faut-il que ces suggestions deviennent objet de mobilisation sociale à l’échelle nationale – en banlieue comme ailleurs, le combat pour le logement, pour l’école, pour l’emploi, pour le service public rassemble toutes les forces populaires –, mais aussi dans les cités elles-mêmes. Or celles-ci forment, à de rares exceptions près, des « déserts politiques ». Car la gauche traditionnelle les a désertées, même si le Parti communiste y conserve des bastions, plus institutionnels que militants. L’altermondialisme n’y a pas pris racine. Et, deux décennies après la Marche pour l’égalité de 1983 puis sa récupération par SOS-Racisme, le mouvement associatif autonome reste peu structuré, profondément divisé et coupé de la jeune génération. C’est sans doute pourquoi la réaction au drame de Clichy a pris la forme d’une explosion de violences contre tous les symboles de la ghettoïsation, faute d’un espace politique où puissent converger les aspirations de ces jeunes et celles de l’ensemble des forces progressistes. Mais ces « jacqueries » d’un nouveau style répondent aussi au « mur » qu’oppose aux revendications un pouvoir condamné, depuis des années, dans les urnes comme dans la rue. Cette faiblesse structurelle est d’autant plus grave que le temps presse. La question des banlieues devrait désormais devenir une des principales préoccupations de la vie politique française. Remettre à plus tard les réformes indispensables, ce serait prendre le risque d’élargir la fracture entre la France intégrée et la France ghettoïsée (immigrée et française « de souche »), avec à terme le danger d’une sorte de guérilla rampante, dont la répression (voir « Dépeçage des libertés publiques ») ne viendra certainement pas à bout. Il faut déclarer l’urgence sociale pour les quartiers populaire.

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Voici les sites qui parlent de « LA REVOLTE POPULAIRE DES BANLIEUES : BILAN ET PERSPECTIVES ».:

Commentaires

Cherchons les responsabilités où elles sont réellement notamment du côté des personnes qui se sont chargées de l\'éducation de ces enfants. Chacun d\'entre nous sait même les plus naïfs qu\'un transformateur EDF entouré d\'un mur avec barbelés et panneau \"Danger de morte\" n\'est pas un refuge et encore moins un parc d\'attractions. C\'est bien sûr malheureux ce qui est arrivé mais ce drame n\'aurait jamais eu lieu si les jeunes en question s\'étaient soumis au simple contrôle de police au lieu de fuire. D\'autre part, il est connu que l\'interruption d\'un transformateur EDF ne peut se faire immédiatement et surtout à la légère sur de vagues présomptions de la présence de personnes. Il faut vérifier au préalable que l\'alimentation d\'équipements vitaux (médicaux privé ou public entre autre ...) n\'en dépendent pas pour procéder à un délestage.
Dans le même esprit, la justice pourrait alors reprocher de poursuivre des délinquants potentiels, près d\'une autoroute, d\'une voie ferrée et pourquoi pas par temps de verglas...
Etrangement il y a beaucoup moins d’encre qui a coulé et de rassemblement pour le brave homme père de famille battu à mort sous les yeux de son épouse à EPINAY vers la fin 2005. Là pourtant les responsabilité étaient très claires ...

http://fsqp.free.fr

30 ans que les banlieues réclament justice et que des revendications précises ont été formulées au travers de marches, de révoltes, de grèves de la faim, de manifestations et de réunions publiques. 15 ans que le Ministère de la Ville a été crée pour répondre à la relégation sociale et la ségrégation urbaine des cités. Les gouvernements passent avec leurs lots de sigles et de recettes miracles " politique de la ville, rénovation urbaine, cohésion sociale : DSQ, ZEP, ZUP, ZAC, ANRU.... ".

Nos quartiers servent de défouloir pour des politiques et des médias en mal de petites phrases assassines sur les "territoires perdus de la République", "parents irresponsables", "zones de non-droit" "mafiatisation" et autres "dérives islamistes". Les habitant-e-s, et notamment les jeunes, sont stigmatisé-e-s et désigné-e-s comme les principaux responsables des dérives de notre société. Ca ne coûte pas cher de donner des leçons de civisme et de montrer du doigt les "racailles" ou les "sauvageons" en les jetant à la vindicte populaire.

Les banlieues deviennent une problématique à part, dont on confie la gestion à la police et à la justice. Pourtant des révoltes des Minguettes (1981) à celles de Vaulx-en-Velin (1990), de Mantes-la-Jolie (1991) à Sartrouville (1991), de Dammarie-les-Lys (1997) à Toulouse (1998), de Lille (2000) à Clichy sous Bois (2005), les messages sont clairs :


Assez des crimes et des violences policières impunis, des contrôles aux faciès, des écoles au rabais, assez de chômage programmé, de sous-emplois, de logements insalubres, assez de la prison, assez de hagra et d'humiliations ! On s'habitue aux souffrances silencieuses de millions d'hommes et de femmes qui subissent au quotidien des violences sociales bien plus dévastatrices qu'une voiture qui brûle.

Il est légitime de se révolter face à cet ordre social !


Parce que nous refusons de déléguer notre pouvoir à ceux qui ne nous représentent pas, le Forum social des quartiers populaires sera un espace d'affirmation d'une parole politique, sociale et culturelle à partir des expériences, des histoires, et de la mémoire de nos quartiers. Il sera le lieu de réflexions et de convergences de luttes locales, toutes et tous ensemble donnons leur une visibilité nationale !

Nos quartiers et leurs habitant-e-s sont riches d'histoires et de traditions d'engagements. Des révoltes d'esclaves à la Commune de Paris, de l'Etoile nord-africaine à la Main d'Oeuvre Immigrée (MOI), de la manifestation du 17 octobre 61 aux luttes pour la résorption des bidonvilles et des cités de transit, des grèves des foyers Sonacotra à la Marche pour l'égalité, de l'occupation de l'usine Talbot Poissy au mouvement des chômeurs, du mouvement des sans-papiers au comité contre la double peine ; tous ces combats sont constitutifs de l'histoire politique, sociale et syndicale de France. Sortons de l'amnésie collective et de l'ignorance politique pour nous réapproprier notre mémoire et notre histoire.

Les mouvements d'éducation populaire et les centres sociaux ont été mis en faillite depuis bien longtemps, par les pouvoirs publics en place. Nous affirmons que nous avons aussi notre responsabilité lorsque nous ne faisons rien. Il n'est pas question d'entretenir la démagogie selon laquelle ce serait toujours les autres qui seraient responsables de tous nos malheurs, nous ne pouvons ignorer notre responsabilité collective. A nous d'inventer des formes de solidarités réelles pour améliorer nos conditions de vie.

Nous avons beaucoup à dire du racisme, des violences policières, des discriminations sociales, raciales et culturelles, de l'islamophobie, de l'histoire coloniale et de ses conséquences, etc. mais nous refusons d'être cantonnés à cela. Nous avons autant à dire de la santé, de l'éducation, du travail, du libéralisme, du sexisme, de l'environnement, des rapports Nord-Sud, de l'information, des formes de résistances et de libération, des combats pour la justice, pour l'égalité, pour la liberté… L'enjeu est d'initier une présence comme acteurs et actrices à part entière, produisant nos propres discours et des pratiques autonomes. L'avenir de nos quartiers dépend de nous, de vous.

Notre volonté ne se réduit pas à défendre les quartiers pour les quartiers. Nous avons besoin de références communes et d'une stratégie collective clairement assumée. Les banlieues occupent une place centrale dans nos villes, et ne peuvent être gérées de manière spécifique. Le forum, qui aura lieu les 22, 23 et 24 juin 2007 à St Denis, sera un lieu d'élaboration collective pour agir. Nous appelons toutes celles et tous ceux pour qui la question des quartiers est une priorité, à prendre leurs places au sein des collectifs d'organisation. De nombreuses rencontres et discussions ont abouti à la création d'une association nationale ayant pour objet l'organisation du Forum social des quartiers populaires. Dès à présent, nous vous invitons à nous rejoindre, au travers des collectifs régionaux d'organisation (Paris, Lyon, Montpellier, Toulouse) pour préparer et construire cet événement national.

Le forum sera un rendez vous pour celles et ceux qui veulent construire une force et une parole collective issus des quartiers. Il est impératif de dépasser nos identités propres et de nous appuyer sur la diversité de nos histoires politiques, associatives, électorales, faites de revendications, de luttes et de participations.


Carte d'identité, carte de séjours, sans papiers, toutes et tous, des quartiers ou d'ailleurs, vous invitent à nous rejoindre pour faire de ce rendez-vous des quartiers, un moment de convergence politique, social, culturel, festif, pour imposer une expression commune et offensive de toutes les cités. Quelle que soit l'issue des élections, nous avons besoin d'un mouvement national des quartiers, seule garantie, pour avancer vers l'égalité.

http://fsqp.free.fr

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