Assemblée Nationale le 9 janvier: questions au gouvernement. M. Frédéric Dutoit - "Monsieur le ministre, ma question, qui concerne l'usine Saint-Louis Sucre, dans le XVe arrondissement de Marseille, pourrait être adressée au ministre de l'agriculture ou à la ministre des affaires européennes comme au ministre de l'industrie. Sur le site Internet de l’entreprise, on apprend que la raffinerie, implantée depuis 1950 dans le quartier Saint-Louis à Marseille, « aujourd'hui dotée d'un outil industriel très performant, reste le symbole de l'ouverture vers l'Europe du Sud, l'Afrique et l’Orient ». Or, apparemment, des menaces de restructuration voire de fermeture pèsent sur ce site industriel qui emploie 247 salariés. Selon des sources syndicales, il est envisagé avec insistance de délocaliser l'activité raffinage en Bosnie-Herzégovine au profit d’une spéculation immobilière à Marseille, et cela, avec en sus le pactole versé par le fonds de restructuration européen !
Disposez-vous de ces mêmes informations et ces rumeurs sont-elles fondées ? Selon la direction, le site phocéen peut produire 270 000 tonnes dans le cadre du nouvel accord européen sur le sucre. Il dispose d'atouts majeurs, à commencer par le savoir-faire des salariés, et a pour spécificité de produire du sucre blanc à partir du sucre de canne en provenance de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique et des DOM. C’est même l’élément le plus important de production et de commercialisation en France de ce sucre blanc de qualité. Nous en consommons tous chaque jour et le marché n’est pas près de fléchir. Pourquoi dès lors, tant de craintes sur l’avenir d’une entreprise viable, dont chaque salarié a, en moyenne sur les cinq dernières années, rapporté 53 000 euros par an aux actionnaires ? En réalité, l'accord sucrier européen déséquilibre toute la filière et l'assujettit aux diktats de quelques grands monopoles. La Commission, au nom d’une réforme du secteur vers « une agriculture durable orientée par le marché » prône une diminution du coût de la matière première afin d’augmenter leurs marges. Cette dérive néo-libérale de la construction européenne rejetée par 55 % des Français et à 80 % dans les quartiers nord de Marseille est inacceptable ! Outre les ravages sociaux directs et indirects qu'elle provoquerait, la disparition de l’entreprise fragiliserait plus encore l'activité industrielle des bassins Est du port, accélérerait la désindustrialisation et aggraverait le chômage déjà largement supérieur à la moyenne nationale. Je tire la sonnette d'alarme d'autant plus tôt que l'agglomération marseillaise a souffert très récemment de la disparition d'une activité extrêmement rentable, l’usine Nestlé de Saint-Menet, où l’actuel projet de reconversion commerciale du site ne répond en rien aux besoins d'emploi et d'activité. Monsieur le ministre, la raffinerie Saint-Louis Sucre de Marseille dispose de tous les atouts pour relever de nouveaux défis industriels. Ne nous refaites pas le coup de Nestlé, ne nous dites pas que vous ne pouvez rien face au marché libéral. Rien ne justifierait la disparition de cette entreprise. Quelles mesures envisagez-vous pour empêcher ce funeste projet, et, plus généralement, en faveur de la production sucrière nationale ?" M. François Loos, ministre délégué à l’industrie - "Tout en comprenant bien votre préoccupation, je ne peux répondre à un problème qui n’est pas encore posé. Vous faites état de spéculations dans la presse, laquelle envisage divers scénarios. Mais à ce jour, le comité d’entreprise n’a pas été informé d’un projet de réorganisation. Face à une question toute théorique pour l’instant, je ne peux que vous dire ce qui se passerait si une telle réorganisation devait avoir lieu et conduire à des suppressions d’emploi. Le Gouvernement veillerait tout particulièrement à ce que le plan de sauvegarde de l’emploi proposé par l’entreprise soit de qualité – elle devrait bien sûr consulter les représentants des salariés – et à ce qu’une solution adaptée soit proposée à chaque salarié, avec tous les appuis nécessaires au reclassement. De plus, s’agissant d’un groupe de plus de 1 000 salariés, l’entreprise devrait mener une action de revitalisation et créer dans le bassin concerné autant d’emplois qu’elle en supprime par la restructuration, en application du principe de responsabilité des grandes entreprises posé par la loi de cohésion sociale. L’entreprise y serait particulièrement tenue dans ce cas, en raison de la situation de l’emploi dans les quartiers nord de Marseille. Si cela devait avoir lieu, je demanderais bien sûr au préfet des Bouches-du-Rhône de veiller à la bonne articulation de ces actions de revitalisation avec celles qui sont en cours pour créer des emplois dans ces quartiers. Voilà donc ce que nous ferions si nous nous trouvions face à la situation que vous évoquez." M. Frédéric Dutoit – "J’avoue que je suis « estomaqué » ! Nous avons connu exactement la même situation avec Nestlé, Monsieur Gilles peut en témoigner : il y a eu aussi des informations dans la presse, avant que le comité d’entreprise ne soit saisi sur la fermeture du site. Fortes de cette expérience, les forces syndicales, associatives, et même politiques de Marseille se mobilisent. Et alors que le scénario se reproduit, que la presse donne des informations sur la raffinerie, vous nous dites que le Gouvernement ne peut rien. Mais le minimum serait qu’il interroge les dirigeants de Saint Louis pour savoir ce qu’il en est. Nous nous inquiétons lorsque les Français disent que les hommes politiques, finalement, ne servent à rien. Vous en faites la démonstration ! C’est inacceptable. Au moins, que le Gouvernement s’informe pour savoir si la direction de Saint-Louis envisage sérieusement cette fermeture. Quant à votre réponse pour le cas où cette éventualité se concrétiserait, elle est proprement stupéfiante. Vous avalisez simplement la disparition de cette activité, alors même que l’entreprise n’a aucun besoin de la supprimer, puisqu’elle est rentable. Cela aussi, c’est inacceptable.
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