Madame, Monsieur, J’aimerais attirer votre attention sur la situation de l’usine Saint-Louis Sucre à Marseille qui emploie actuellement deux cent quarante-sept salariés. Et tout particulièrement sur le projet de la direction de l’entreprise, annoncé il y a quelques jours, d’abandonner l’activité raffinage de sucre de canne sur son site de la cité phocéenne. Un projet qui soulève indignation et colère dans tout Marseille.
Cette raffinerie, implantée dans un quartier populaire de Marseille, Saint-Louis, est aujourd’hui dotée d’un outil industriel très performant ; elle est le symbole de l’ouverture vers l’Europe du Sud, l’Afrique et l’Orient.
L’usine marseillaise a la spécificité de raffiner du sucre de canne en provenance de l’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique et des départements français d’outre-mer. Elle est reconnue comme le maillon essentiel de la filière de production et de commercialisation du sucre blanc de qualité en France, capable de produire jusqu’à deux cent soixante-dix mille tonnes et de créer sur place entre cent et cent cinquante emplois nouveaux.
Les consommateurs et les industriels, unanimes, vantent les qualités de la production « made in Marseille » de sucre blanc. De l’avenir de l’activité de la raffinerie phocéenne dépend une grande partie de l’avenir industriel de l’aire métropolitaine marseillaise, en particulier l’essor du port autonome de Marseille et le devenir de l’activité économique des sous-traitants dans une région où le taux de chômage est l’un des plus élevés de France.
Je considère que la commission européenne porte une très lourde responsabilité dans ce marasme économique et social annoncé. Ainsi, j’observe que l’accord sucrier européen déséquilibre toute la filière sucrière mondiale et l’assujettit aux diktats de quelques grands monopoles. D’ailleurs, dans un document de la commission européenne, il est indiqué noir sur blanc que « sans réforme, le secteur sucrier resterait à l’écart du mouvement vers une agriculture durable orientée par le marché ».
La commission européenne soutient les plus grands groupes qui parlent de « coûts excessifs » et prône une diminution du coût de la matière première afin de faciliter une augmentation des marges de quelques grandes firmes multinationales. Cette politique européenne sacrifie la sécurité d’approvisionnement du sucre, des dizaines de milliers d’emplois directs dans l’industrie sucrière en Europe, des dizaines de milliers d’emplois induits et des milliers d’exploitations agricoles.
Elle est au cœur des dérives néolibérales de la construction européenne rejetée par 55% des Françaises et des Français le 29 mai 2005, au cœur de la logique de « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le projet de traité constitutionnel européen rejeté par 61% des Marseillaises et des Marseillais et par 78% des électrices et des électeurs des quartiers nord de la cité phocéenne.
Face aux graves dangers qui pèsent sur le devenir de l’usine Saint-Louis à Marseille et aux propres responsabilités de la commission européenne dans ce noir dessein, je vous demande de prendre avec diligence l’engagement ferme – et public – de tout tenter pour maintenir et développer l’activité raffinage à Marseille et, dans le même temps, d’œuvrer en faveur du retrait du nouvel accord sucrier européen dans le cas où vous seriez élue présidente de la République. Dans l’attente de vous lire, Je vous prie de croire, madame, monsieur, en l’expression de mes sentiments les meilleurs. Frédéric DUTOIT




