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Changer de politique, il faut s’en donner les moyens !

Zzzz

En France, près de 10% de la population active est au chômage. L’indemnisation-chômage est toujours le « parent pauvre » de la protection sociale française ; elle représente moins de 10% des dépenses, moins de 5% du Produit intérieur brut (Pib). 65% des jeunes de moins de vingt-cinq ans et 50% des femmes au chômage ne perçoivent aucune indemnité par exemple. Aujourd’hui, il convient non pas de « rafistoler » le système de la protection sociale française ou d’emprunter à nouveau de vieilles recettes qui n’ont jamais donné satisfaction mais bel et bien d’innover, d’inventer des réponses inédites, d’initier une nouvelle logique, une logique nouvelle de la société humaine de demain.
Alors qu’à la Libération, naissait le Régime général de sécurité sociale destiné à « assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail », je pense nécessaire et possible de créer une Caisse nationale de protection sociale des chômeurs et d’instaurer ainsi une branche supplémentaire de la Sécurité sociale. Il est urgent à présent de réconcilier la France avec son devoir de solidarité nationale. D’abandonner les notions de droits des chômeurs calculés sur la durée du travail antérieur et de supprimer les critères de durée d’indemnisation. Je me prononce clairement pour une refondation de la protection sociale qui garantira à chacune et à chacun un niveau de ressources égal à 90% de son ancien salaire ou, à défaut, égal à 80% du salaire minimum de croissance (Smic) brut. Cette assurance d’un niveau de ressources décent pour les chômeurs est parallèlement de nature à diminuer le « coût social » du chômage comme l’usure psychologique, les dépenses de santé, le surendettement des ménages les plus socialement fragilisés ou l’échec scolaire des enfants. D’une manière générale, ma démarche consiste à accompagner – ou prolonger – la récente loi relative à « la formation professionnelle tout au long de la vie ». La formation professionnelle tout au long de la vie est une réelle avancée sociale. Elle doit être également comprise comme l’outil majeur d’une politique de sécurisation de l’emploi et de l’élévation des qualifications, le vecteur principal d’une conception civilisée et choisie de la mobilité recherchée à l’ère de la révolution informationnelle. J’imagine là un dispositif de « sécurité d’emploi et de formation » pour lequel les demandeurs d’emploi sont au premier rang concernés. Le financement de cette la Caisse nationale de protection sociale des chômeurs serait assuré par les revenus du travail, plus fondamentalement par une redéfinition de l’assiette des cotisations sociales qui ne se limite pas à la seule masse salariale. Le nouveau dispositif doit incorporer les plus values et les profits financiers réalisés, intégrer les produits de la financiarisation de l’économie et taxer les spéculations financière et boursière. Il est ainsi hautement souhaitable que les stock-options n’échappent pas à ce nouveau financement solidaire. Ainsi, il est temps d’en finir avec le paradoxe ubuesque qui fait qu’une entreprise qui licencie paie moins de cotisations sociales et contribue moins au financement de l’assurance-chômage. Il est temps, a contrario, de « dépénaliser » les entreprises les plus intensives en main-d’œuvre. Parallèlement, l’instauration d’une taxe, une « sur cotisation sociale » ou une « sur contribution sociale », prélevée sur les entreprises qui usent et abusent des emplois précaires, les entreprises qui privilégient les heures supplémentaires au détriment des créations d’emplois. La nouvelle indemnisation du chômage que j’avance vise à préserver un revenu de remplacement aux personnes privées d’emploi, à leur procurer une meilleure protection sociale et à favoriser les initiatives destinées à activer leur retour ou leur accès à l’emploi, comme leur parcours de formation. Comme l’indiquent moult études, les chômeurs qui retrouvent le plus vite un emploi sont les chômeurs les mieux indemnisés. Au lieu de systématiquement chercher à baisser le « coût du travail », je préfère élever le « coût du chômage » dans le souci d’une double efficacité économique et sociale. Nous sommes à l’aube d’une mutation en profondeur de la société française et pourquoi ne pas le dire européenne. Gageons d’ailleurs que les Françaises et les Français sauront mettre en échec la formidable régression sociale que nous prédit Nicolas Sarkozy ou autre Bayrou.

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