Retrouvez ci dessous mon interview paru dans le journal La Marseillaise.
Frédéric Dutoit, maire des 15/16 et président du groupe communiste et partenaires du conseil municipal de Marseille, fait le point sur la politique du maire de Marseille et les propositions de son groupe poli-tique pour "changer Marseille".
Comment jugez-vous la politique menée par l'actuelle majorité ?
Treize ans, ça suffit. On ne peut pas dire que rien n'a été fait. On a vu des réalisations qui sont le résultat de choix politiques libéraux de Jean-Claude Gaudin.
Quels sont ces choix ?
C'est par exemple, en matière de logement une politique de vendre le plus possible aux promoteurs privés des terrains pour des projets immobiliers pour une petite partie de la population et délaisser les autres. Il s'est engagé à construire 20% de logements sociaux dans ces projets immobiliers privés. A ce rythme, il faudra 20 ans au moins pour arriver à satisfaire les 22.000 demandes en souffrance dans les offices HLM.
Certes, mais Jean-Claude Gaudin souligne qu'il a fait reculer le chômage...
Ce n'est pas faux. Il affirme l'avoir fait passer de 21,6% en 1995 à 12% aujourd'hui. les 15/16 ont participé à faire reculer le chômage. Mais, si on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il s'agit essentiellement des emplois pour les catégories sociales où il y a le plus de qualification et quasiment pas pour les populations les plus en difficultés. Dans le méme temps, un Marseillais sur quatre vit en dessous du seuil de pauvreté. C'est à dire avec moins de 650 euros par mois. Les difficultés pour nos concitoyens sont de plus en plus grandes dans la ville. Sur le fond, son bilan est négatif.
Pourtant, on nous dit que cela va mieux à Marseille ?
Ce qui fait la force d'une économie c'est sa capacité industrielle. Où en est-on aujourd'hui ? Les moteurs Baudouin s'en vont de Marseille pour La Ciotat. Ce site industriel sera récupéré par Castorama. A NetCacao, les salariés demandent une table ronde. Le maire et le préfet doivent s'engager pour la tenue de celle-ci. Si le tissu industriel marseillais disparaît ciest l'emploi sur toute la ville qui va-dérouiller. En effet, un emploi industriel en génère quatre autres.
Lors d'un conseil municipal, Jean-Claude Gaudin a présenté ses projets pour le développement du port autonome. Qu'en pensez-vous ?
Le projet de Jean-Claude Gaudin est de réduire la partie réservée à l'activité industrielle des bassins de Marseille. Son objectif final est de créer un centre d'affaires. Les salariés du port, le conseil général et le conseil régional et moi-méme nous allons agir pour faire reculer ces projets. J'ajoute, qu'y compris, une partie du patronat marseillais milite pour le développement industriel dans les bassins est du port. Il a intérêt à ce que ces activités perdure parce qu'elles garantissent la croissance de l'emploi dans la ville.
Le port est en difficulté. Tout serait-il figé ?
C'est l'argument de la droite marseillaise. Le PAM est en difficulté à cause des grèves. C'est faux, il n'y en a pas plus ici que dans les autres ports. Et cet argument légitimerait la réforme que la droite est en train de préparer. Or, le trafic continue à progresser mais pas au méme rythme que ses concurrents, notamment européens. Pour les armateurs, c'est plus rentable d'aller à Rotterdam que de venir à Marseille ce n'est pas qu'une question de fiabilité ou de grève. De méme pour la réparation navale. Depuis l'arrivée de Boluda, on est passé de 120 emplois à 150. L'entre-prise affiche un important potentiel de développement économique.
Que proposez-vous alors ?
Nous Devons soutenir tous les secteurs d'activités. Nous proposons la mise en oeuvre d'un grand plan local pour l'industrie. Un plan dont la mission essentielle serait le soutien aux activités existantes. Je pense notamment à Saint-Louis Sucre et à la réparation navale. Il pourrait également avoir des missions de prospectives envers les activités industrielles nouvelles comme les services à la personne, le micro crédit.... Marseille doit développer, en priorité, ses activités industrialo-portuaires. Deuxième volet, développer la formation et l'orientation, en vue de sécuriser les parcours professionnels et assurer une meilleure relation entre l'offre et la demande en matière de ressources humaines. Il faut améliorer, également, le développement de l'enseignement supérieur à Marseille. Enfin, il faut investir dans l'économie de la connaissance, la recherche. En-gageons nous pour la création de pôles de projets locaux à l'instar des clusters à Lyon. Marseille dispose d'atouts, il faut les utiliser.
Propos recueillis par MAURICE BRANDI



