Intervention à la réunion de Tours: (14 juin 2008)
L'unité, si nécessaire, ne se construira pas en contournant ou en niant nos débats réels.
Personne n'a inventé que des dirigeants du parti ont préconisé et préconisent la constitution d'une « nouvelle force politique » de gauche, impliquant la dilution du PCF dans cette force. Cela a ouvert un débat sur l'existence du PCF. Il faudra le conclure par une décision claire.
Le refus très fort d'une dilution du PCF, et notre attachement à l'existence du Parti sont une force, la base d'une unité très large. Mais ce refus n'est pas suffisant; nous devons absolument aller au delà d'un « attachement à l'existence du PCF ».
Nous irions à l'échec, si le Congrès devait se limiter à une sorte de plébiscite pour une direction ayant pris parti pour l'existence du PCF, sans ouverture sur des changements réels et radicaux. Le besoin de transformations est sous-estimé; trop réduit à des changements de formes et de modes de fonctionnement, alors qu'il s'agit d'abord du fond. Ce n'est pas en soi qu'il faut aborder la question du PCF mais en regard de notre but: la transformation radicale de la société, le dépassement du capitalisme, une nouvelle civilisation, communiste; et des conditions précises du combat à mener dans ce but.
Or justement: la nouveauté majeure, c'est que notre but fondateur, révolutionnaire, n'a jamais été aussi actuel et possible: la révolution informationnelle exacerbe la crise du système, tout en poussant les possibilités matérielles sans précédent d'une civilisation dépassant le capitalisme. Ce défi de dépassement, donc de luttes sociales et politiques pour des réformes radicales du local au mondial, va encore monter dans les années à venir. Une nouvelle phase de crise globale est prévue dès 2010-2012. Dépasser, dans ce contexte, la « matrice de Tours »?
Mais la portée, le sens profond du Congrès de Tours n'est pas réductible à ses circonstances; le fond c'est l'option de devenir un parti révolutionnaire, contre le réformisme et la collaboration de classe, un parti populaire et d'action, et non plus dominé par ses élus, un parti appuyé sur la théorie marxiste. Ce n'est surtout pas le moment de régresser sur cela. Au contraire, il s'agit de relever le nouveau défi révolutionnaire: celui des années 2010.
Pas sur le mode gauchiste, sans propositions précises ni volonté de rassemblement; mais pas non plus en reculant sur l'ambition transformatrice du projet, ni sur le besoin du parti révolutionnaire. La dérive sociale libérale du PS est réelle; en son sein, des sociaux-démocrates y résistent; aider à une refondation de la gauche, c'est être pleinement communistes, et non céder aux sollicitations fusionnelles.
Quelle erreur ce serait d'imaginer que la parade au glissement vers le bipartisme puisse être le retour des communistes dans un bercail social-démocrate, au sein d'un « parti de gauche », et en élaguant notre projet de ses idées radicales, au motif d'être plus crédible. Une bonne refondation de la gauche ne se fera pas sans l'apport des propositions communistes, sans l'action rassembleuse du parti communiste.
Quelles transformations? Ce sont ces données de la situation qui fondent le besoin du PCF, et de ses changements profonds, avec des ruptures par rapport à l'existant, et non la dilution. Cela concerne d'abord notre capacité à être le parti de propositions transformatrices et d'organisation de l'action, initiateur de vraies campagnes d'action, durables, impulsées et suivies; non limitées à l'action institutionnelle, mais pouvant s'articuler à elle; non limitées à des débats et de la propagande. Faire primer la promotion d'idées transformatrices et l'organisation du rassemblement dans l'action, sur les alliances et les institutions: c'est une rupture essentielle.
C'est le socle pour une relance de notre influence électorale. Pas d'abord le gouvernement et les postes d'élus! D'abord les idées nouvelles et les luttes, pour des élus et la conquête de positions de pouvoir utiles au peuple et au combat transformateur. Cela renvoie à un 2ème champ de transformation: celui de la formation, et de la théorie. Pour l'action, il s'agit de comprendre, analyser, former.
Et à un 3ème: celui d'une réorganisation et d'une démocratisation profonde ; il s'agirait de reconcevoir nos structures, notre façon d'organiser les salariés par exemple, mais aussi les pouvoirs des adhérents et la conception et les responsabilités des directions, en regard de la primauté nouvelle donnée à la promotion des propositions et à l'action. Enfin concernant la direction, plutôt que des luttes de pouvoir dérisoires ou dangereuses, il faudrait en construire la composition, le renouvellement, nécessaire, à partir de ces changements et pour les mener à bien avec toute la conviction indispensable.




