Par Renaud Dély. Paru dans Marianne du 11 décembre 2008.
« On a connu la gauche plurielle, voilà que l’extrême gauche s’y met à son tour. Chaque jour, une nouvelle formation apparaît, au risque de faire de la gauche radicale plurielle une extrême gauche en miettes. Est-ce bien raisonnable ?
On a plus d’une fois moqué ces dernières semaines les soubresauts qui émaillent la chronique du PS. Et l’on n’avait pas toujours tort… Il est vrai que de Ségolène à Martine, les querelles internes qui plombent le parti socialiste ont quelque chose de suicidaire, chacun des nouveaux épisodes de ce qui tourne à la sitcom plombant un peu plus le moral du « peuple de gauche ».
Il est temps de rendre grâce au parti socialiste ! Au moins sur un point : sans doute ses dirigeants ne s’aiment-ils plus guère sans doute n’ont-ils plus vraiment envie de vivre ensemble. Mais ils ont au moins un mérite : ils font encore l’effort, inlassablement, de tenter de recoller les morceaux. Pour les enfants, sans doute, ces électeurs déjà désemparés qui le seraient davantage encore si le PS scissionnait. La démarche d’Aubry, Royal, Fabius, et les autres relève peut-être de l’acharnement thérapeutique.
Elle ne mérite sans doute pas tant d’indignité. C’est même une constante du socialisme démocratique, depuis le congrès unificateur de la SFIO en 1905, que de tenter de faire cohabiter démocratiquement - et souvent harmonieusement… - des sensibilités diverses et parfois rivales. Après tout, aussi délicate soit-elle, cette démarche vaut bien celle de ces partis d’essence bonapartiste tout entiers dévoués au culte du Chef (jadis le RPR de Chirac, aujourd’hui l’UMP de Sarkozy), ou l’attitude de ces messies qui font le vide autour d’eux pour ne conserver qu’un carré de fidèles qui se consacrent à l’accomplissement de leur destin (le Modem de Bayrou).
NPA, PG, NEP… Que du neuf. Même chez Lutte Ouvrière Et que dire du destin tragique de cette gauche de la gauche qui semble vouée à la scissiparité au risque de l’impuissance. Ainsi, alors que le PS peine à se faire entendre et libère ainsi, à coup sûr, un espace croissant à ses côtés pour ceux qui entendent contester fermement les dégâts conjugués du néo-libéralisme et du sarkozysme, pas un jour ne passe sans qu’une nouvelle formation ne surgisse. Ce sont les cent Fleurs !
Le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) émerge pour donner corps au produit Besancenot, le lendemain, c’est Jean-Luc Mélenchon qui claque la porte du PS pour créer son escouade, le PG (parti de gauche). Deux semaines plus tard, Robert Hue prend ses distances avec le PCF pour fonder son « NEP » (Nouvel espace progressiste) qui, telle la NEP (Nouvelle politique économique) de Lénine en 1921, rêve encore et toujours de sauver ce qui peut l’être d’un système irréformable. Les fondés de pouvoir du dudit système se retrouvent, eux, en Congrès en cette fin de semaine autour de la gardienne du musée, Marie-George Buffet qui s’applique à en expulser les dernières fortes têtes.
Quant à Arlette Laguiller, elle vient de transmettre l’étendard de LO à l’une de ses clones, Nathalie Artaud, de trente ans sa cadette. Quelqu’un pourrait-il nous éclairer sur ce point : au regard des difficultés sociales qui accablent aujourd’hui les Français dans leur vie quotidienne, de leur angoisse de perdre leur boulot - quand ils en ont encore un - ou de voir fondre un peu plus leur pouvoir d’achat - quand il leur en reste - quelles différences légitiment encore autant de divisions à la gauche de la gauche ? Puisque le PS est, paraît-il, si nul et inutile, et puisque la gauche radicale prétend servir efficacement la cause du peuple (de gauche, évidemment) pourquoi ses innombrables familles ne se regroupent-elles pas pour faire, au moins, un bout de chemin ensemble ?
A moins que, finalement, les querelles de clocher qui plombent l’extrême gauche ne soient pas moins ridicules que ces « guéguerres » fratricides qui plombent la vie interne du PS... »




