
Par Roger Martelli
"À la fin de cette première décennie de XXIe siècle, la gauche va mal et la gauche de gauche est plus désunie que jamais. Voilà le constat, massivement désespérant, sur lequel il n’est pas trop difficile de s’accorder. Quelque part, « nous » avons échoué. Encore faut-il s’entendre sur qui est ce « nous » et ce sur quoi ce « nous » a échoué. Faute de cette exigence dans l’élucidation de ce qui n’a pas réussi, nous risquerions d’en être réduits à théoriser l’impuissance.
Partons de l’idée que dans le « nous », il y a beaucoup de « je »… Par exemple, dans l’ensemble dit aujourd’hui des « communistes unitaires », il ya des composantes, ou si l’on préfère des strates différentes. La mienne a fait corps avec ce que l’on appelait autrefois les « refondateurs ». Que disaient-ils, il y a quelques années ? Ils redisaient d’abord des choses que d’autres avaient dit avant eux : que la machine « parti communiste » était arrivée à épuisement, faute de déstalinisation suffisamment précoce et suffisamment radicale ; que le communisme n’avait aucune chance dans la reproduction à l’infini d’une forme particulière, née autour de 1917-1920, qui correspondait à un moment et à un moment seulement de la transformation sociale. Peut-être davantage que d’autres, nous ajoutions deux convictions : qu’il ne fallait pas espérer surmonter les défauts du communisme historique en se débarrassant du communisme tout court (refus de la voie italienne de l’alignement social-démocrate) ; que le travail de reconstruction ne supportait aucune nostalgie, aucune tentation du « retour à ». Ni retour au léninisme, ni au proudhonisme, ni à l’anarchisme ; on pourrait ajouter : ni retour au républicanisme ni au guevarisme.
Notre pari de l’époque était que le patrimoine historique de l’objet « PCF » était si riche qu’il pouvait servir de matériau à une relance ambitieuse, dès l’instant ou cette relance évitait le piège de la répétition ou du reniement, et s’attachait à la voie exigeante de la « refondation ». Non pas de la création ex nihilo, mais de la refondation : un projet repensé, des pratiques transformées, des cultures politiques restructurées, une organisation communiste ré-agencée de fond en comble. Nous ajoutions alors que cette refondation serait d’autant plus vivace et efficace que les communistes prendraient langue avec l’ensemble des pistes contemporaines de la radicalité. Et nous faisions l’hypothèse que, en prenant corps dans l’espace politique sous la forme d’une convergence à vocation majoritaire à gauche, cette rencontre permettrait à la gauche tout entière de retrouver son élan. À cette époque-là, nous parlions de « pôle de radicalité », pour désigner tout à la fois l’axe de la recomposition (la critique en acte du système), la force de son ambition (la novation sociale et politique) et l’ampleur de son champ (la double mobilisation des structures politiques existantes et des forces vives du « mouvement »).
Ce pari a échoué. Le PCF a bien tenté une « mutation » timide et avortée ; il ne s’est pas refondé. De ce fait, il a continué de s’affaiblir d’une façon telle qu’il a perdu la substance nécessaire à sa relance ; ajoutons qu’il est arrivé à un tel niveau de faiblesse qu’il ne peut plus espérer jouer autre chose qu’un rôle de force d’appoint. Or, dans le même temps, s’est exprimé après 2002 un puisant désir de convergence à la gauche de la gauche. Les appels n’ont pas manqué pour cela, notamment entre 2002 et 2004 ; et la dynamique du Non de gauche lors du référendum constitutionnel européen de 2005 a montré qu’une convergence ambitieuse, à vocation majoritaire, était non seulement nécessaire mais possible. De la refondation du communisme, nous sommes alors passés à l’idée de la nécessité qu’il fallait avancer vers une construction durable (du type Die Linke ou Synapismos) permettant à la gauche de gauche de « faire force politique ».
Là encore, force est de constater que, pour l’instant en tout cas, nous avons échoué. Quelle conclusion en tirer ? La preuve du pudding serait qu’on le mange… On pourrait donc penser que, si nous n’avons pas réussi à refonder l’organisation communiste, malgré notre détermination et, bien sûr, notre immense talent, c’est que la mission était impossible. Que le communisme politique en général, le PCF en particulier sont irréformables, puisqu’ils n’ont pas été réformés. Et si nous n’avons pas réussi à agréger les forces de la gauche de gauche, on pourrait conclure que c’est parce que ces forces elles-mêmes partagent avec le PCF une conception historiquement datées de la politique. Toutes ne trainent pas le boulet du soviétisme, mais toutes baignent dans une conception de la libération par la prise de pouvoir qui contredit l’exigence irrépressible de l’émancipation. Conclusion finale : puisque nous avons échoué dans les deux cas, il nous faut construire autre chose.
Admettons : tous ces constats sont plutôt pertinents et, à mes yeux du moins, contiennent un fort noyau de vérité absolue. Le problème est qu’on peut leur ajouter une autre série de remarques, tout aussi justes, mais qui pourraient bien conduire à des conclusions radicalement différentes. Voilà bien longtemps, en fait depuis les années soixante, qu’émergent les demandes d’une autre façon de faire de la politique, les structures installées de la politisation étant tout aussi institutionnalisées que fossilisées. Cet appel à inventer a pris des formes multiples : l’autogestion, l’appel à la convergence politique des « nouveaux mouvements sociaux », le regain de l’esprit libertaire (Cohn-Bendit version un, eh oui !) ; sur un tout autre terrain, le castrisme ou le maoïsme. L’échec de cette politisation autonome a bénéficié… au Parti socialiste qui, à la différence du PCF de l’époque, a su faire son miel de la nouvelle culture radicale des sixties et des seventies.
Le détournement social-libéral de ces aspirations émancipatrices a nourri plus tard l’émergence de cette autre forme de mouvement critique que l’on a appelé le « mouvement social » et/ou le « mouvement altermondialiste », pour souligner qu’il ne niait pas mais qu’il excédait largement le « mouvement ouvrier » d’autrefois. Et ce mouvement, à son tour, s’est mis utilement à rêver qu’il pouvait devenir un acteur politique à part entière, tout en restant indépendant des partis et de l’État. Contre la verticalité hiérarchique de l’État et des partis (c’est la même…), on a donc valorisé l’horizontalité réticulaire du mouvement. On a opposé la logique du consensus, qui oblige à l’écoute et au respect des individualités pour mettre en commun, à la logique de la majorité, qui est supposée conduire à l’éradication de la différence minoritaire, au nom de la supériorité de l’unique. On a essayé à partir de là, de mettre en pratique ces façons nouvelles ; certains en ont fourni des théorisations remarquablement cohérentes et ambitieuses (Bennasayag, Negri). Le problème est que, dans la pratique, tout cela patine… Les Forums sociaux peinent à dégager des cohérences efficaces et attractives et, ce faisant, apparaissent moins dynamiques que des rapports des forces classiques (notamment appuyés sur des États – Cf. l’Amérique latine). Quant au « mouvement des mouvements », censé se substituer à la bien obsolète « forme parti », il est davantage séduisant sur le papier que pertinent dans la vie réelle, en tout cas comme objet capable d’investir directement le champ de la politique instituée.
Quelle conclusion va-t-on en tirer ? Que tout cela est bien joli, mais ne pèse guère face aux méthodes éprouvées de « la » politique ? Que, puisque l’on n’a pas trouvé mieux que les partis politiques, il faut se contenter de les occuper ou d’en créer de nouveaux ? De la double série de constats qui précède, nous pourrions tirer l’impression que nous sommes dans l’impasse. Les partis étant irréformables, il faut se débarrasser de leur gangue pour faire de la politique « vraie ». Mais puisque les formes non partisanes de la politique ne donnent pas grand-chose depuis quarante ans, il faut cesser de penser que l’on va inventer des formes nouvelles. On pourrait bien sûr se dire aussi que, en l’état, chacun n’a qu’à suivre sa pente : les tenants du modèle partisan vont continuer tranquillement à faire ce qu’ils ont l’habitude de faire ; quant aux tenants du « mouvement », ils vont continuer leurs pratiques, en attendant le jour où cette pratique finira par devenir majoritaire. En bref, continuons ce qui se fait, chacun considérant l’autre avec un brin de commisération, vieux crabe apparatchik ou utopiste farfelu. Problème : continuer comme avant, figer les deux méthodes dans leur opposition contribue à pérenniser l’immobilisme d’une situation dont le seul effet est de conforter les forces de la conservation ou celles de l’adaptation au système.
Pour ma part, je considère donc qu’il faut cesser le mouvement pendulaire, de l’étatisme à l’anarchisme, de la vénération des partis à leur vitupération, et qu’il faut s’habituer à travailler des contradictions. Marx a battu Proudhon, parce que l’extériorité prônée par Proudhon affaiblissait un mouvement ouvrier qui cherchait à s’imposer dans l’espace public et donc s’attachait à « faire force politique ». Proudhon battu a été effacé, et effacées avec lui les questions qu’il posait sur le risque de l’étatisme ; mais ce n’est pas parce que ses questions étaient bonnes qu’il faut revenir à ses réponses. Ce n’est pas parce que la politique instituée est en crise qu’il faut s’en abstraire ; ce n’est pas parce que la recherche de formes nouvelles n’a pas abouti qu’il est absurde de chercher à expérimenter du neuf. La question n’est pas de choisir entre l’affirmation selon laquelle les partis politiques sont des formes indispensables à l’exercice démocratique et l’affirmation selon laquelle la forme-parti est obsolète. Les deux affirmations sont vraies en même temps : la forme-parti, dérivé de l’État, est obsolète ; les partis politique sont des structures de politisation non remplacées.
Pas facile, de gérer une contradiction, quand tant de choses ont été essayées déjà… Pas facile, en tout cas, de passer du constat à la pratique. Pour l’instant, je suis comme beaucoup d’entre nous dans l’expectative, sur ce qu’il convient concrètement de faire. J’ai toutefois envie de persister dans la conviction que, si un lieu politique est utile – celui des communistes unitaires, donc – c’est à condition qu’il s’identifie à plusieurs exigences énoncées dans leur ensemble logique et non dans leur juxtaposition formelle.
1. La politique en général, la gauche plus particulièrement et la gauche de gauche plus précisément encore, ne se relanceront que si elles assument le défi de la refondation. Or la refondation s’oppose, à part égale, au reniement et à la répétition. Rien de ce qui a identifié la gauche sur le fond ne peut être abandonné : l’esprit critique, la passion de la liberté entremêlée à celle de l’égalité, le sens du public, c’est-à-dire la supériorité revendiquée de l’appropriation sociale sur l’appropriation privée. Mais aucun de ces fondamentaux n’échappe à l’exigence de la reformulation : la liberté moderne n’a pas de sens si elle est déléguée ; l’égalité est une impasse si elle postule que tous les hommes ne sont égaux que s’ils sont semblables, dans leurs désirs, dans leurs cultures, dans leurs pratiques ; l’appropriation publique laisse le champ libre à la concurrence marchande, si elle confond la mise en commun (qui suppose le partage des savoirs et des pouvoirs) et l’étatisation (qui confie la définition de l’intérêt général à une élite, fût-elle d’une intégrité sans faille).
2. L’exigence de refondation est universelle dans son champ. Elle concerne l’ensemble des traditions critiques, nouvelles ou récentes : l’écologie politique, qui a imposé la thématique de l’environnement sans convaincre qu’elle est en elle-même projet de société, est à refonder comme le communisme qui a fini par confondre son essence critique et la forme particulière (bolchevique) que cette essence a prise au XXe siècle. Quand le paradigme moderne tend à s’organiser autour du partage, il serait absurde de renoncer à la seule piste d’engagement dans le monde, le « communisme », qui se structure autour du choix de l’en-commun. Problème toutefois : le communisme est, par fondation, autant un antilibéralisme qu’un antiétatisme, mais il a fini par se convaincre en pratique que le seul antidote performant au marché était l’État. « Refonder » le communisme, c’est donc revenir à l’intuition originelle ; mais en n’oubliant pas que l’État selon Marx n’est pas un objet uniforme (forme édénique de l’intérêt général ou Léviathan dévoreur) mais un rapport contradictoire, excluant que l’on raisonne à son propos en termes simples d’intériorité ou d’extériorité.
3. L’exigence de novation étant universelle, elle ne peut se maîtriser que si elle assume ladite universalité. On ne rénove pas séparément le communisme, le républicanisme, l’autogestion, l’anarchisme, le trotskysme… Le partage dans la novation est une clé de son succès. Trop souvent, on finit par oublier en pratique que la transformation des sociétés ne peut se priver de l’apport d’un segment, quelle qu’en ait été ou qu’elle qu’en soit l’importance : le politique et le social, l’organisationnel et le culturel, le partisan et l’associatif doivent être sollicités. Mais si la novation est plurielle, elle doit se doter d’une cohérence qui soit capable de rivaliser avec la mise en cohérence des marchés ou avec la mise en cohérence de l’État. La base de cette cohérence n’est pas dans la forme même du rassemblement (ses structures) mais dans le projet que l’on peut mettre en commun. Sur ce point, on sait que nous sommes dans une situation intermédiaire. Depuis quelques années, au feu des combats qui nous ont rassemblés, nous avons accumulé une masse considérable d’analyses et de propositions, inégales bien sûr mais très souvent pertinentes. Toutefois, nous n’avons pas eu le temps (ou nous n’avons pas pris le temps…) d’énoncer avec assez de force ce qui fonde et légitime lesdites propositions. Nous avons donc globalement sous-estimé que la dynamique politique populaire a besoin, en même temps que soit présenté le « programme », que soit audible ou visible le « projet », c’est-à-dire l’ensemble des objectifs, des valeurs, des critères et des grands opérateurs qui déterminent le fonctionnement d’une société et donnent sens à l’action des individus. Si du travail (avec le temps collectif qui le rend possible) doit être conduit, c’est pour compléter l’arsenal des alternatives concrètes par le sous-bassement d’idées que ces alternatives font vivre. Et sur ce point, nous pouvons faire fonctionner entre nous… la concurrence libre et non faussée… Telle ou telle composante peut faire ses suggestions, en n’oubliant jamais toutefois que le projet se définit par le commun qu’il exprime. Quant à son efficacité, elle se mesurera à l’aune des sensibilités qui y contribueront effectivement.
4. Un projet reste sur le registre du discours s’il ne devient pas agent de mouvement réel. Or il ne peut y parvenir s’il ne sait pas, à tout moment, articuler sa fonction critique et sa capacité de mise en œuvre concrète. En cela l’opposition de l’intériorité et de l’extériorité est une abstraction pauvre. Aucune transformation partagée ne peut voir le jour si elle ne se nourrit pas de l’invention constitutive des luttes sociales, et donc d’une extériorité affirmée à l’égard de toute institution rattachée peu ou prou à l’État (institutions publiques comme partis politiques). Mais, à rebours, aucune piste transformatrice ne se valide à l’échelle de la société tout entière, si elle ne passe pas par une mise en œuvre normée (la norme la plus forte passant par la loi), et donc par un rapport maîtrisé aux institutions. La gauche d’accompagnement perd son âme critique et ne sert plus à rien ; la gauche d’incantation renonce de facto à la transformation et ne sert plus à rien. « Sortir » de l’État, pour y revenir en le transformant ; en fait en le « désétatisant » et en le « publicisant ». Prendre du champ par rapport à la politique institutionnelle, mais pour, à partir de ses règles et de son calendrier, y retourner pour l’irriguer de l’esprit du « mouvement réel »…
5. Un projet ne devient pas force politique, s’il ne débouche pas sur de l’organisation, et donc sur une mise en commun produisant de la centralité, en s’écartant toutefois du centralisme. Quels que soient les obstacles, je crois qu’il convient de dire et redire, sans se lasser, que la transformation sociale laisse la main aux forces du système, libérales ou sociales-libérales, si son agrégation ne la hisse pas au niveau des perceptions populaires pour l’instant identifiées au « parti politique ». Il est vrai que « faire force politique » est un processus ; cela ne se décrète pas. Mais les communistes unitaires pourraient suggérer qu’un tel processus ne réussira que s’il articule, le plus étroitement possible, deux objectifs : casser le monopole partisan, sans remettre en question la légitimité actuelle des partis ; exiger des réseaux l’activité de la mise en commun, et donc de la cohérence assumée, sans courir le risque d’en faire tendanciellement un instrument de l’État, voire un quasi-État (on sait qu’il ne suffit pas de proclamer la forme soviétique pour que le Soviet soit réellement souverain).
Selon la propension de chacun(e), on peut préférer travailler dans un espace partisan centralisé ou dans une structure réticulaire, dans l’espace politique institué et/ou dans l’action sociale elle-même. Mais collectivement, il est impossible de choisir l’une ou l’autre. Le système partisan doit être investi, d’une façon ou d’une autre, pour qu’il soit subverti réellement. Pas seulement en baptisant « mouvement » ce qui n’est en fait rien d’autre qu’un « parti » : pour le dire d’une autre manière le parti doit se débarrasser des défauts de la « forme parti » en s’ouvrant à l’écoute fine de la société réelle. Mais en sens inverse, le « mouvement » doit être politiquement interpellé pour qu’il ne renonce pas à participer à l’élaboration collective des projets de société ; pour qu’il ne délègue pas de fait, fût-ce en grognant, sa part de responsabilité, pleinement politique bien que non partisane.
6. Enfin, si le parti pris communiste est utile au mouvement général de transformation sociale, ce parti pris doit disposer d’un lieu où il puisse vivre en tant que tel. Il faut donc que, d’une façon ou d’une autre, il y ait une « maison communiste ». Bien sûr, il y a deux façons de concevoir la maison : soit un pavillon séparé dans le lotissement de la transformation sociale ; soit un étage dans l’immeuble de ladite transformation. Pour ma part, je préfèrerais que les communistes unitaires disent explicitement leur préférence pour la seconde solution : face aux poids lourds du bipartisme, seule une force suffisamment unitaire dans sa façon de fonctionner et d’agir a des chances d’emporter une majorité. Toutefois, si je crois utile de tenir sans fléchir le discours de ce qui serait le plus efficace, je jugerais puéril de faire de cette question l’occasion d’un clivage a priori. L’essentiel, à tout moment, c’est la propédeutique du rassemblement : l’unité (force politique ou front) stimule l’unité, tandis que la désunion ne génère que davantage de désunion.
7. Au total, je considère que le plus grand risque serait, face à une contradiction, de se contenter, une fois de plus, de tordre le bâton dans l’autre sens. Après un excès supposé « d’intériorité », s’enfoncer dans une cure « d’extériorité »… Le socialisme-communisme du XIXe siècle s’était structuré autour d’un dilemme fondamental : faut-il s’intégrer dans le grand « parti républicain » ou faut-il construire le mouvement en extériorité radicale par rapport à lui ? À l’arrivée, la figure gagnante n’a pas été du côté de ceux qui, comme Millerand, s’engloutissent dans le conglomérat républicain ; ce n’a pas été le syndicalisme révolutionnaire, qui l’a refusé en bloc. Le gagnant a été Jaurès, qui a travaillé les deux hypothèses dans leur contradiction et non dans leur exclusion. Aujourd’hui le NPA fait le pari d’une reconstruction ex nihilo, à partir de la seule charge critique de la lutte sociale : son pari est d’ores et déjà perdu, à plus ou moins longue échéance.
Il y a des forces politiques constituées et un mouvement complexe, que les forces précitées sont hors d’état d’exprimer dans le champ politique institué. Prises isolément, l’une et l’autre de ces composantes (forces et mouvement) sont dans l’impasse. On peut donc préférer, par tradition ou par goût, s’ancrer prioritairement à l’un ou l’autre de ces deux pôles de l’action sociale. À l’arrivée, c’est leur articulation qui décidera de la victoire. Or, pour que deux termes s’articulent, il faut qu’ils existent l’un et l’autre…"



