Les deux formations de la gauche « radicale » ou « anticapitaliste » se sont rencontrées hier pour étudier leurs éventuelles convergences pour les élections régionales de l’année prochaine.
Comme toujours, chacun est resté sur ses positions. Le PCF souhaite une alliance de toute la gauche. Ou autrement dit, l’union avec le PS et maintenant Europe Ecologie afin de disposer d’un grand nombre d’élus communistes au sein de ces collectivités. Le NPA, comme la LCR auparavant, s’est dit farouchement opposé à toute alliance avec ces partenaires de la gauche au risque de favoriser une fois de plus la droite. Il ne veut pas de la cogestion des régions avec le PS et Europe-Ecologie. Et aucun des deux partis ne semble vouloir céder un pouce de terrain à l'autre.
La semaine dernière, le NPA répondait favorablement aux avances du Parti de gauche de Jean-Luc Mélanchon en décidant de rédiger, avec lui, une première ébauche de contrat de mariage pour les élections régionales. Il faut dire, que Mélanchon ne sait pas encore si le PS l’accepterait sur ses listes, alors qu’il s’engage déjà sur des listes communes avec le PCF, comme ici en région PACA sous l’égide de Michel Vauzelle.
Le « triolisme » n’est donc pas encore d’actualité au Front de gauche. La rencontre entre PCF et NPA n’a en effet débouché sur aucun accord concret. Certes, les deux formations disent partager sensiblement la même « analyse de la crise du capitalisme ». Certes, elles expliquent vouloir « travailler à la constitution de fronts unitaires contre la politique de Sarkozy et de son gouvernement ». Certes, NPA et PCF ont décidé de continuer à débattre ensemble de ces questions jusqu’en octobre prochain. Mais pour l’heure, l’idylle ne prend pas : les deux formations ont pris le prétexte de la cogestion des régions avec les troupes de Martine Aubry et Daniel Cohn-Bendit pour marquer leur opposition. Chacun voulant, à juste titre sans doute, conserver son espace politique.
Alors le jeu du chat et de la souris prend forme comme en 2007 pour les élections présidentielles. Au premier tour, le NPA propose, comme il l’a fait avec le PG, la constitution de « listes unitaires indépendantes ». Rien de bien surprenant non plus pour le second tour : comme la semaine dernière, il est question pour lui de « fusions techniques » des listes. En revanche, après le second tour, Besancenot et consorts se montrent catégoriques : « Pour le NPA, mentionne la déclaration commune rédigée à l’issue de la rencontre, l’indépendance vis-à-vis de la gestion sociale libérale doit être assumée jusqu’au bout, et donc l’ensemble des élus issus de chaque formation partie prenante des listes unitaires refuseront de contracter des accords de gestion avec les dirigeants du PS et d’Europe-Ecologie ».
Le NPA ferait-il moins confiance au PCF qu’au PG ?
Le texte cosigné avec le PG se contentait de mentionner que « pour le NPA, au sein de l'institution, les élus de ces listes conserveront leur liberté totale de vote et refuseront d'accepter des mesures et des budgets défavorables aux travailleurs et à la population. » La direction de l’ancienne LCR ferait-elle moins confiance au PCF qu’au PG ? Francis Parny, « négociateur en chef » pour le parti communiste, ne veut pas y croire. Pour lui, l’explication est beaucoup plus simple : la déclaration commune rédigée à l’issue de la rencontre NPA-PG s’est faite un peu « rapidement » ! D’ailleurs, note-t-il, « Besancenot s’est empressé de rectifier le tir dès le lendemain ».
Il n’empêche, le responsable du PCF reconnaît que les différences de point de vue sont fortes : « La formulation que le NPA pose un préalable.Pour eux, les négociations se font avec en toile de fond l’hégémonie du PS. Mais tout indique que cette hégémonie peut changer… »
Et de poursuivre en reprenant à son compte l’analyse du numéro 2 du Parti communiste qui, lui, se fait beaucoup moins clair sur la fin de « l’hégémonie du PS » : « Pierre Laurent l’explique très bien : on ne peut pas poser en principe de ne pas travailler avec le PS et Europe-Ecologie car ce serait désespérer ceux qui, dans ces formations et en général à gauche, attendent un changement. »
Et lorsqu’on lui demande s’il croit qu’un accord va finir par voir le jour, Francis Parny se garde bien de répondre simplement par l’affirmative. Mais la formule qu’il utilise en dit beaucoup plus long : « Les élections européennes ont montré qu’ils ont révisé leurs opinions. Ils devront continuer à les réviser… » Autrement dit, le PCF, comme le NPA, ne semble pas vraiment prêt à céder du terrain.
Ce qui est prévisible, c’est que le NPA restera sur sa position anti-socialiste primaire, ce qui politiquement arrange bien le PS pour capter les électeurs de gauche qui en toutes circonstances ne voteront pas socialiste, et que le PCF, au nom du réalisme politique se présentera sur les listes socialistes afin de disposer de suffisamment d’élus lors de ce scrutin régional.
Tactique bien utile pour continuer à exister comme organisation politique, ce qui est bien légitime d’ailleurs.



