Par Pierre Laurent. Paru dans L’Humanité d’hier.
Pierre Laurent, coordinateur national du Parti communiste français, estime que les spéculations sur une « grande coalition » évacuent tout débat sur l’alternative à opposer à un système en crise. La journaliste déclare d’emblé que le PCF n’y est pas favorable. Mais Pierre Laurent ne réfute pas celle-ci. Il y met des conditions, bien légitimes par ailleurs.
« Pourquoi le PCF est-il hostile à l’idée d’une « grande coalition » incluant le Modem ?
Pierre Laurent. La question essentielle, pour construire une coalition efficace contre la politique de Nicolas Sarkozy, n’est pas d’abord, à nos yeux, celle des alliances. Quelle réponse la gauche est-elle capable d’apporter aux préoccupations populaires et aux défis posés par la crise ? Voilà la question première. Malheureusement, ce nécessaire débat sur un projet politique alternatif est totalement absent du spectacle politique offert le week-end dernier.
Dans un contexte de crise, le constat d’échec du système libéral n’offre-t-il pas un terrain d’entente ?
Pierre Laurent. Le constat de l’échec de l’actuel système peut être largement partagé. Nicolas Sarkozy lui-même n’hésite plus à fustiger « le capitalisme financier ». Mais cela ne répond pas à la question de l’alternative, qui devrait faire l’objet d’un vaste débat si l’on espère nouer des alliances solides. Évacuer les désaccords sur ce terrain ne rime à rien. Sur les réponses à la crise, sur l’emploi, sur les services publics, sur le système démocratique à bâtir, des différences et des désaccords s’expriment au sein de la gauche. Ces sujets font donc, a fortiori, l’objet de confrontations avec une force politique venue de la droite telle que le Modem.
La volonté de faire barrage à l’UMP dans certaines régions peut-elle, en 2010, conduire à la conclusion d’accords de second tour allant jusqu’au Modem ?
Pierre Laurent. Les communistes feront tout pour empêcher le basculement de régions à droite. Mais nous ne séparons pas cet objectif de la nécessité d’une gestion ancrée à gauche, dans l’intérêt des populations. Pour gagner les régionales, la gauche doit avancer des projets clairs en termes d’objectifs sociaux, écologiques, démocratiques. Les forces qui se reconnaîtront dans ces projets pourront effectivement se rassembler, au premier tour si c’est possible, puis au second tour pour battre la droite. Il n’y a pas de raccourci avec ces exigences. Les formules sans contenu et sans fondements politiques solides sont promises à l’explosion à la première difficulté.
L’affaiblissement du PCF ces dernières décennies et la marginalisation des forces à la gauche du PS n’expliquent-ils pas la volonté de « recentrage » exprimée par certains socialistes ?
Pierre Laurent. La construction de majorités de gauche solides passe, c’est certain, par le renforcement des formations réellement ancrées à gauche. Un rééquilibrage de la gauche, de ce point de vue, est indispensable pour se prémunir de certaines dérives. Sous prétexte de battre la droite, un tel « recentrage » affaiblira davantage la gauche et conduira à coup sûr à de nouveaux échecs.
Comment jugez-vous la participation de l’ancien secrétaire national du PCF, Robert Hue, à la réunion organisée par Vincent Peillon, samedi, à Marseille, aux côtés d’autres leaders de gauche, mais aussi du numéro deux du Modem, Marielle de Sarnez ?
Pierre Laurent. C’est un choix personnel. Pas celui des communistes. Nous excluons l’idée d’une alliance avec le Modem, qui ne sert qu’à faire prévaloir au sein de la gauche des choix libéraux. »
De deux choses l’une :
1) Soit le PS s’alliera avec le MODEM pour les régionales de l’année prochaine.
2) Soit le PS refusera une telle alliance.
Dans le premier cas, comment le PCF pourra, je cite Pierre Laurent : « tout faire pour empêcher le basculement de régions à droite » « Les forces qui se reconnaîtront dans ces projets pourront effectivement se rassembler, au premier tour si c’est possible, puis au second tour pour battre la droite » ? Le PCF s'alliera donc avec le PS et ses alliés ?
Dans le second cas, comment le PCF pourrait il ne pas s’allier avec le PS puisque je cite à nouveau Pierre Laurent : « Nous excluons l’idée d’une alliance avec le Modem, qui ne sert qu’à faire prévaloir au sein de la gauche des choix libéraux » ?
Et dans ces deux cas de figure, que devient le « Front de Gauche » ?



