Vingt ans déjà ! Vingt ans que le mur de Berlin s’est évaporé dans la nuit portant ainsi les peuples de l’Europe de l’Est vers la lumière de la liberté.
Avec une jubilation certaine, les hommes et les femmes de la RDA « socialiste » ont traversé le mur de la honte sans encombre, sans peur au ventre, sans crainte d’être vus, sans l’angoisse de la répression.
Ce dont ils rêvaient s’est produit. Sans heurts, sans confrontation sanglante (du moins pour l’essentiel), sans intervention des forces armées de l’URSS. Simplement, comme s’il suffisait de le rêver, de le penser, de le demander, de l’exiger, pour que l’aspiration à se déplacer librement, à vivre sans contrainte, à s’exprimer sans peur, devienne réalité pour un tiers de l’humanité.
Paradoxe de l’histoire, le système qui est né d’une révolution sanglante et armée un beau jour d’octobre 1917 s’est effondré dans la paix et la bonne humeur.
Que penser aujourd’hui de cette période du temps passé où la libération humaine que voulait porter « le communisme » a poussé les peuples « libérés du capitalisme » à rejeter le communisme si fortement et si massivement. Au point que c’est l’immense majorité, la quasi-totalité, des citoyens de ces pays « socialistes » qui a imposé dans l’allégresse la mort de ce système.
Il n’est pas d’exemple dans l’histoire, d’un tel renversement social et économique. Il n’est pas dans la logique de la pensée d’un retour en arrière de l’évolution humaine. Ce qui a fait dire à beaucoup de philosophes ou de penseurs de notre temps, qu’il s’agissait là de la « fin de l’histoire ». Si l’histoire a une fin c’est celle de l’humanité elle-même. Non, c’est bien de la fin d’une certaine conception de l’avancée de l’histoire dont il s’agit.
Alors, tirons une première leçon de ces évènements inédits. La conception Darwinienne de l’évolution ne peut s’appliquer mécaniquement au mouvement des sociétés. Marx, lui-même, doit être pour le moins revisité. Non, il n’y a pas d’évolution fatale de l’humanité vers sa libération.
Là, par contre, empruntons à Marx l’idée que ce sont bien les peuples qui font l’histoire. Ils la font quelque soit le sens. Cette marche de l’avenir est contingente. Aucune prédéfinition de sa voie ne peut être tracée. Elle esquisse un désir peut être, mais en aucun cas un Dieu, un César, ou un Tribun ne saurait guider les masses populaires vers leur libération.
La libération humaine, ou ce que nous voulons identifier comme tel, n’est donc pas inéluctable. Ce dont nous devons nous préserver par contre, c’est de déterminer pour l’humanité ce qui est de sa libération ou de ce qui est de son oppression.
Car, paradoxe encore, les peuples concernés n’ont pas trouvé dans le capitalisme, qu’ils percevaient comme le bonheur pour chacun, la vie facile qu’ils imaginaient. Ils y ont découvert l’exploitation de la force de travail, la répartition inégalitaire des richesses qu’ils produisent, la solitude de chacun face aux difficultés de la vie. Certes, ils peuvent, et encore pas toujours, exprimer leurs désarrois, leurs colères, leurs angoisses de l’avenir, leurs désirs de vivre, leurs joies et leurs peines, mais leur quotidien n’est pas la douce destinée dont ils révaient.
L’idéal communiste serait-il devenu obsolète ? L’urgence pour ceux qui s’en réclament est très certainement de le définir dans un premier temps. Aujourd’hui peu sont capables d’en donner une définition pratique. Beaucoup sont ceux (dont moi) capables d’en fixer les grandes lignes. Mais ceux là portent leurs aspirations au niveau de la libération humaine que beaucoup d’autres sur la planète, souhaitent atteindre aussi.
Bien plus qu’un chemin à dessiner pour les hommes, la libération humaine doit se frayer la route du rassemblement majoritaire pour ne pas être une simple chimère de la pensée.
Et pour bâtir une majorité, il faut la fonder, non pas sur l’oubli des souvenirs, il faudrait alors, abolir le cœur humain pour les effacer, mais sur l’oubli de nos préférences individuelles, pour incliner tous notre tête vers la visée commune, devant le vœu populaire devenu le dessein de tous.
Détruisons tous les murs !



