Ce sera très probablement son meilleur résultat des scrutins régionaux dans notre pays. Elle obtenait 45,3 % en 1986, 44,4 % en 1992, 44,1 % en 1998 et 44,9 % en 2004. Cette fois, elles rassemblent 53,6 % des suffrages exprimés.
La seule question est de savoir si elle fera le grand chelem pronostiqué par Martine Aubry ?
Le PS et Europe Ecologie raflent l’essentiel de la mise, le Front de gauche limite les pots cassés.
Les socialistes retrouvent leur niveau exceptionnel de 1986 et, à eux seuls, sont à moins de 7 points du score de la « gauche plurielle » en 1998 (33 %). Ils devancent nettement le quasi-parti unique de la droite parlementaire.
À la différence de 1992, ils conservent un écart conséquent (près de 17 %) avec la force de gauche placée en seconde position, à savoir Europe-Écologie (en 1992, le PS dépassait tout juste les 18 % alors que les Verts, eux, frôlaient la barre des 15 %).
La carte de l’implantation écologiste est encore déséquilibrée : cinq régions (Rhône-Alpes, Île-de-France, Alsace, Pays-de-Loire, Midi-Pyrénées) sont au-dessus de la moyenne nationale. Dans l’ensemble, l’écologie politique reste un phénomène avant tout urbain, et même de grande agglomération (Lyon, Paris).
Mais la localisation de ses forces est désormais étendue à l’ensemble du territoire métropolitain : à l’exception particulière de la Corse, aucune région n’accorde moins de 8 % aux listes écologistes.
Avec ses 9,5 %, la « gauche de gauche » fait à peine mieux qu’en 2004 (7,5 %), alors que, il y a quatre ans, le PCF était allié au PS dans quinze régions sur vingt-deux.
Au total, sa part dans la gauche ne cesse de s’affaiblir relativement : en 1986, le total des voix portées sur la gauche d’alternative (PCF et extrême gauche, en l’occurrence), représentait un quart des voix de gauche ; en 1992, elles comptaient pour 21 %, en 2010 pour 18 %.
Nationalement, l’extrême gauche est en recul à la fois sur 2004 (– 1,2 %) et sur les européennes de 2009 (- 2,8 %). Le recul est général, à peine tempéré en Ile-de-France et dans les régions où l’alliance du PC et du PS libérait une certaine place à une gauche plus combative.
Pour apprécier les résultats du Front de gauche, deux repères doivent être pris : les précédentes régionales de 2004 et les européennes de 2009. En 2004, le PCF avait choisi l’autonomie par rapport au PS dans sept régions métropolitaines.
Dans ces sept régions, le PCF regroupait alors 7,7 % des suffrages exprimés ; en 2010, le Front de gauche y obtient 7,4 %. Il recule nettement sur le PC de 2004 en Picardie, où il enregistre les effets de la discorde avec Maxime Gremetz ; il fléchit de 0,7 % en Ile-de-France et de 0,1 % en Franche-Comté. Ailleurs, le Front de gauche progresse sur le score communiste antérieur de 0,1 % (Nord-Pas-de-Calais) à 5 % (Auvergne).
Par rapport aux européennes (où le poids de l’enracinement local est moins fort), la progression est plus variable. Nationalement, le Front se maintient à un niveau voisin de celui de juin 2009 (0,2 % en moins).
La comparaison terme à terme n’est pas aisée : en 2010, le Front de gauche n’est pas formellement comptabilisé dans quatre régions où le PC est en alliance dès le premier tour avec le PS (Champagne-
Ardenne, Basse-Normandie, Bourgogne, Lorraine) ; mais, en sens inverse, le Front de gauche bénéficie dans plusieurs régions (dont le Languedoc-Roussillon, les Pays de Loire et Poitou-Charentes) de forces qui se portaient sur d’autres choix en 2009. Le détail régional montre que la stabilité générale dissimule une grande diversité d’évolution entre l’été 2009 et avril 2010 : les écarts vont de + 5,7 % en Auvergne à – 1,5 % en Aquitaine. La distribution géographique du Front de gauche mérite attention.
Ses scores vont de 14,2 % en Auvergne à 1,9 % en Alsace. Mais on notera ici les caractéristiques originales de son peloton de tête : le Front dépasse les 10 % dans quatre régions (Auvergne, Limousin, Nord-Pas-de-Calais et Corse).
Que le Front de gauche ait plutôt mieux résisté que d’autres constitue un de ces points d’appui au lendemain de ces régionales.



