Alors que l’on nous annonçait un grand projet de réaménagement du centre ville de Marseille, la montagne va accoucher d’une souris.
En guise de projet urbain répondant aux aspirations et aux besoins des marseillais, on risque d’assister à un simple réaménagement du vieux port réduisant au mieux le nombre de voies de circulation automobile et à la requalification de quelques îlots d’immeubles en centre et péri centre de Marseille.
Avec le rapport 54, présenté au Conseil Municipal d'aujourd'hui, il est simplement envisagé de « retenir le périmètre proposé comme périmètre de cohérence sur un territoire où se superposent diverses opérations et interventions. Ce périmètre regroupe 26 quartiers (pas seulement dans les 1er et 7 e arrondissements, mais également dans les 2e, 3e, 4e, 5e, 6e etc.). Il couvre 1 000 hectares et inclut près de 120 000 logements ».
Mais, au-delà des belles paroles qui, comme la colombe s’envole, le Maire de Marseille n’envisage que de « de mobiliser le foncier disponible ou de requalifier le bâti existant afin d'améliorer l’offre en logements, locaux d’activité ou équipements, l'attractivité résidentielle, la proximité des services, la qualité des espaces publics, en lien avec les projets structurants du centre ville ». Ce dont nous nous félicitons d’ailleurs.
Je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises, Marseille est une ville trop pauvre pour jouer petits bras.
Il faut pour le centre de Marseille un grand projet urbain, social, économique, culturel qui assure un développement durable de Marseille et de sa métropole.
Un projet moderne qui garantisse l’intérêt général et pas celui de quelques privilégiés de la fortune. Un projet qui s’engage dans l’innovation au profit des marseillaises et des marseillais, de tous les habitants de la métropole. Un projet qui attire les activités économiques, les initiatives culturelles. Un projet qui s’appuie sur la convivialité populaire des arrondissements centraux et périphériques. Un projet qui favorise la présence populaire pour assurer la sécurité de tous. Un projet qui mobilise les riverains, les salariés, les touristes. Un projet qui engage ensemble secteur privé et services publics de qualité. Un projet qui intègre la mixité sociale dans ses objectifs de vie solidaire. Un projet qui redonne la parole aux habitants.
Toutes les grandes villes de France, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, Lille, Dijon, Nantes, etc. ont investi dans le réaménagement de leur centre depuis de nombreuses années.
Marseille est une fois de plus à la traîne. Mais son atout au regard des autres grandes métropoles du pays est le caractère populaire de son centre.
Malheureusement l’opération qui est proposée aujourd’hui ne prévoit que :
« la production de 1 500 logements nouveaux en privilégiant l’accession à la propriété et le logement thématiques (le logement étudiant par exemple. », « L’incitation à la réhabilitation par les propriétaires privés de leurs immeubles pour environ 2 000 logements », « La requalification de 15 000 m2 d’espace public ou à vocation publique » et « Les campagnes de ravalement sur les axes principaux du centre ville visant 700 immeubles ».
Pour réussir ce projet, la ville doit mobiliser sa population.
Le projet Centre Ville doit être élaboré, construit, défini, par les Marseillaises et les Marseillais eux-mêmes. Une dynamique citoyenne doit être le moteur de ce renouveau indispensable à notre métropole.
Ce n’est pas parce que le centre ville de Marseille est populaire que nous devons rabaisser notre ambition pour sa rénovation. Bien au contraire !
Cohérence
Et tout d’abord, il faut penser ce projet en corrélation avec ceux déjà en cours : Euroméditerranée, Parc National des calanques, Stade Vélodrome, Grand Projet de Ville sur le nord, technopôle de Château-Gombert, Luminy, l’unification des universités.
Et avec ceux qui doivent être envisagés à court terme : requalification du Jarret, réaménagement et développement de la vallée de l’Huveaune, et l’accroissement de l’activité portuaire des bassins Est du Grand Port Maritime notamment.
Urbanisme
Il faut penser ce projet centre ville en reconstruisant la ville sur la ville en matière de logements, d’espaces verts, de transports collectifs, de voirie, d’activité économique etc.
Logement
Il faut construire des logements sociaux en très grand nombre pour répondre aux besoins actuels de la population du centre ville pour garantir l’accès au logement pour tous.
Circulation
Il faut réduire au maximum la circulation automobile voir la supprimer sur un vaste périmètre central qui pourrait s’étendre de l’Hôtel de Ville, à la gare, aux quartiers des Réformés, à la Préfecture des BdR, le Palais de Justice et le théâtre de la Criée.
Transport collectif
Il faut concentrer les parkings relais à la périphérie du territoire municipal et développer les transports collectifs en sites propres réels pour accéder au centre de la ville. Il faut augmenter les capacités de liaisons transversales inter quartiers.
Parc et espaces verts
Il faut consacrer de l’espace végétalisé aux habitants, aux salariés et aux touristes qui accèdent et fréquentent le centre ville.
Espaces de vie collective (social, culturel, scolaire)
Il faut offrir l’opportunité d’espaces ludiques, sociaux, économiques, culturels à toutes celles et ceux qui s’engagent dans les projets d’avenir et donner au patrimoine marseillais, dans tous les domaines, les possibilités de son expression.
Bref, il faut avoir de l’ambition pour Marseille et sa métropole.
Le rapport qui va nous être présenté lundi prochain n’est qu’un simple transfert de compétence entre feu « Marseille aménagement » et la nouvelle société publique « la SOLEAM » pour la mise en œuvre de quelques projets de rénovations urbaines très circonscrits dans l’espace et indéterminés dans le temps.
Si tel est la gestion publique dans le cadre de la fameuse gouvernance partagée, il faut bien reconnaître qu’elle ne répond en rien aux besoins immenses des marseillaises et des marseillais.
Se mettre d’accord sur le plus petit dénominateur commun n’a jamais fait grandir Marseille.




