Après le dernier conseil national du PCF, mon ami André Chassaigne éprouve le besoin politique de confirmer sa candidature à l’élection présidentielle. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ses propos sur son blog : http://andrechassaigne.over-blog.com/
Mais je publie ici son engagement du jour :
« Au cœur du débat de la gauche
Je soutiens aussi que notre objectif n’est pas de créer je ne sais quelle petite gauche, force d’appoint, disposant d’une vague capacité de protestation ; notre ambition est au contraire d’être les artisans d’une gauche forte, puissante, majoritaire parce qu’émancipatrice.
Le premier défi du Front de gauche, et plus particulièrement du Parti Communiste, est donc de construire une nouvelle dynamique, indispensable pour faire gagner la gauche qui transformera la société. Je voudrais sur ce point rappeler les propos que j’ai tenus le 29 novembre 2010, à la Fête de l’Huma de Bretagne :
« Ne laissons pas croire qu’il y aurait à gauche, d’un côté un chevalier blanc (le Front de gauche) porteur de toutes les vertus et de la pureté révolutionnaire, et de l’autre un chevalier noir (le Parti Socialiste et ses alliés) affublé de tous les maux et vendu au capitalisme. Ce qui importe, c’est d’emmener toute la cavalerie dans la bonne direction. Sinon, nous nous retrouverons au final avec un cheval de bois sur lequel nous n’aurons eu aucune prise.
Et je veux aussi dire à ma famille politique, à l’ensemble du Front de gauche : ne nous résignons pas à jouer les spectateurs énervés, à chaque fois que nous parlons, pensons que nous devons être acteurs pour construire la force qui donnera au pays le gouvernement qu’il mérite.
Oui, je le revendique, nos idées ont vocation à présider aux destinées du gouvernement de la France ! Et pour cela, il n’est d’autre moyen que de mettre concrètement le contenu du changement au cœur du débat de la gauche. De toute la gauche ».
Le Front de gauche doit être le passeur de colère et d’espoir pour la transformation de la société. J’en suis convaincu : il peut bousculer tous les pronostics, toutes les prophéties. Aussi, devons-nous envahir le débat présidentiel avec notre ambition. Pour créer, rassembler, porter une majorité d’idée. Et surtout pour rendre majoritaires les exigences de transformation sociale. Moi qui suis du pays des volcans endormis, je crois à l’éruption de l’impossible, je crois à l’éruption d’un peuple qui s’engage à fond pour empêcher que notre pays subisse les mêmes recettes que l’on impose au peuple grec, ou au peuple irlandais.
Le bilan de 6 mois de labourage
A l’occasion de ce Conseil National du 7 janvier 2011, suivi de l’Assemblée des secrétaires ou animateurs de section du 8 janvier, je souhaite faire un bilan de mes 6 mois de travail de terrain : 6 mois de labourage où j’ai souvent eu l’impression de tirer un araire au regard des moyens multiples mis à la disposition de l’élite politique et aux « machines de guerre » dont certains disposent.
- Ainsi, n’étant pas responsable d’une des formations structurant le Front de Gauche, je n’ai pas été invité aux grands débats nationaux organisés pour la construction du programme partagé… à l’exception de celui de Bordeaux, le 27 janvier prochain, sur les questions environnementales, en lien avec les idées que je développe dans mon ouvrage « Pour une Terre commune ».
- Je n’ai pu obtenir aucune participation à une émission politique d’importance, qui m’aurait permis de développer mes idées : télévisions et radios réservent les plateaux et « matinales », à forte écoute, aux personnalités sélectionnées par leurs experts en politique, ou promotionnés par un parti politique, voire choisies par le pouvoir quand elles s’inscrivent dans la stratégie élyséenne. Le formatage politico-médiatique, au casting pré-défini, n’admet aucun poil à gratter d’un épiderme bien huilé, si ce n’est, comme le disait Pierre Bourdieu pour se livrer « à des outrances verbales arrogantes ou démagogiques, tout à l’opposé de la générosité enthousiaste d’un message mobilisateur ». Aucun espace n’est laissé aux expressions hors du champ constitué si ce n’est pour des émissions de divertissement, à l’initiative d’animateurs qui ont le mérite d’oser la nouveauté, permettant ainsi quelques développement d’idées.
- La presse écrite, nationale comme régionale, a cependant manifesté un intérêt réel pour ma démarche, malgré quelques parti-pris journalistiques, avec pour certains la volonté de m’enfermer dans un positionnement « anti-Mélenchon », et pour d’autres la certitude que je n’étais qu’un candidat alibi.
- Mon nom n’étant proposé par aucun parti, il n’a été avancé dans aucune étude d’opinion, dans aucun sondage … confortant l’idée que Jean-Luc Mélenchon est le seul candidat envisageable pour le Front de gauche ! Le Parti Communiste est ainsi d’ores et déjà effacé des prochaines échéances présidentielles, de fait des législatives, et progressivement de l’espace politique.
- Au fil des semaines, j’ai pris conscience du risque que le choix de la candidature du Front de gauche se fasse par défaut, avec un seul candidat possible, alors qu’il est indispensable qu’elle soit choisie en toute liberté, alliant à la démarche collective le respect de la souveraineté des adhérents de chacune des organisations et de leurs statuts. Faudrait-il exclure, a priori, qu’un communiste puisse représenter efficacement notre rassemblement, alors que dans les 4 régions où les listes Front de gauche ont dépassé les 10 % aux dernières élections régionales, elles avaient pour tête de liste un communiste ? Cette frilosité est le reflet d’une conception du Parti étroite, triste, mortifère alors qu’il est dans son essence même rassembleur, ouvert, généreux, comme nous sommes si nombreux à continuer à en faire la preuve, concrètement, au quotidien, sur nos territoires respectifs. En aucun cas, il ne s’agit pourtant d’exiger que le candidat soit forcément un membre du PCF ! Les diverses et légitimes expressions pour un débat sur cette question, comme l’appel de certains communistes « pour un rassemblement sans effacement du PCF » ont déclenché les anathèmes de donneuses et donneurs de leçons enfermés dans leurs certitudes, dont celle que notre Parti n’est plus à même de porter la visée communiste.
- Pour certains communistes traumatisés par les dernières échéances présidentielles, cette élection ne se résume qu’à un mauvais moment à passer, auquel il suffirait de tourner le dos pour que, mécaniquement, tout aille mieux ensuite. Tétanisés par la forme de ce scrutin, profondément contraire à nos valeurs et à notre vision d’une démocratie active, ils oublient que toute élection est une opportunité dont il faut se saisir, non seulement pour ne pas laisser le champ libre aux démagogues et aux faiseurs de régression sociale et libéraux de tous poils, mais aussi pour matérialiser une autre conception de la politique et offrir de nouveaux choix de vie en commun.
- Dans ce contexte, malgré de nombreux soutiens, ma candidature à la représentation du Front de gauche a parfois été considérée comme une initiative de division. N’étant pas présentée par le Parti, elle pu créer des interrogations chez des communistes. Elle a eu aussi pour effet d’accentuer l’acharnement de certaines et certains à promotionner, de façon outrancière, « le candidat incarné » du Front de gauche en la personne de Jean-Luc Melenchon. Elle a alimenté d’autre part les interprétations de celles et ceux qui ne souhaitent pas un candidat du Front de gauche et qui m’ont reproché d’être l’instrument d’une opération de diversion.
Mon offre de candidature
A la lumière de cette expérience, je suis convaincu qu’une candidature individuelle n’a aucune chance d’aboutir dans le processus de désignation d’un candidat commun du Front de gauche. Elle ne serait qu’un leurre pour préparer, dans une confrontation inégale, la désignation du candidat imposé, et dont elle ne serait de fait que le faire-valoir.
Pour que des candidatures crédibles puissent compter dans le choix final, je suis persuadé qu’il est indispensable que des instances de notre Parti s’en saisissent, en lien avec le contenu qu’elles souhaitent donner au programme politique et que le candidat devra porter dans la dynamique du Font de gauche .
C’est pourquoi, si je confirme aujourd’hui mon offre de candidature, c’est en la mettant entre les mains des communistes : en premier lieu à l’occasion des débats de ce vendredi au Conseil National, et de ceux de samedi, à l’Assemblée des secrétaires ou animateurs de section ; puis dans les débats des différentes instances appelées à se prononcer avant la Conférence nationale qui aura à soumettre une proposition aux communistes. Plus largement, je la livre à la réflexion de l’ensemble des organisations du Front de gauche comme une candidature de rassemblement populaire, donc plurielle, sur les objectifs communs qu’il nous faut préciser, avec la volonté de rendre majoritaires les contenus de transformation sociale.
Ma volonté est simplement de répondre utilement aux attentes du peuple de France, en restant fidèle aux idées et à l’éthique qui sont les miennes, et qui sont celles de tant de militantes et militants du PCF, très majoritairement attachés à leur Parti et à la visée communiste. »




