
C’est avec une immense tristesse que j’ai appris, avec retard, la disparition de Znorko.
Ce fou de l’imaginaire, cet artiste du fantasque, ce poète de la vie, cet écervelé du talent, ce candide des rapports humains, cet amoureux de l’Homme, était un ami convaincu que tout était possible.
C’est quand j’étais Maire des 15e et 16e arts de Marseille qu’un beau jour je l’ai vu débarquer de nulle part. Il a spontanément envahi mon bureau, puis mon esprit. Il a débité ses arguments et m’a entrainé dans son univers. Je ne l’ai plus jamais quitté.
Fort de ses convictions, il voulait installer sa compagnie Cosmos Kollej entre la cité du Plan d’Aou et le village de Saint Antoine. Oh, il ne venait pas me demander de subventions, il m’a charrié avec lui dans son aventure irréalisable.
Je m’en souviens encore, il avait repéré et occupé les lieux sans demander son reste aux autorités. Il voulait, bien entendu, exprimer son art quelque part. Mais intimement convaincu qu’il ne le pourrait sans que l’autre soit à ses côtés sur le même chemin, il a patiemment travaillé à relier tous les bouts.
Garé sur un territoire voué initialement à l’activité économique en plein milieu de la Zone Franche Urbaine, nous avons, tous les deux, construit ensemble son implantation sur cette zone « inapproprié » aux yeux de tous. 
Car, dans le début de ces années 2000, personne ne voulait de ce Cosmos Kolej sur cet espace. Ni la puissance publique, ni les habitants, ni les associations de quartiers, ni les opérateurs économiques. Tous ligués contre cet aventureux de l’imaginaire, dont on ne comprenait pas qu’il puisse être un artiste authentique, il nous en a fallu de la détermination, de la constance, de la volonté, de l’inventivité pour réussir là où personne ne croyait à notre victoire.
Je dis, nous, car je suis très fier d’avoir construit avec lui la « Gare Franche » de Marseille maintenant reconnu par tous, y compris les plus sceptiques de nos débuts.
Ce nordiste était plus proche de moi que nombre de ceux qui se disent d’ici mais qui n’ont d’action que pour flatter leur égo et leurs mercantiles intérêts.
Znorko était homme de cœur, de partage, de beauté et d’engagement. Placé sur les étoiles, il construisait l’avenir ensemble.
Fier d’être de ses débuts marseillais, aujourd’hui je veux lui crier : NOUS AVONS REUSSI !